mercredi 4 janvier 2017

«J'ai vu les cendres Hiroshima, la ville escamotée par la bombe atomique» Leur fin à eux tient de la magie. En une seconde, ils sont passés du règne animal au minéral.


Documents d' Histoire
Les bombardements atomiques d' Hiroshima et de Nagasaki
Présentation
Le 6 et 9 Août 1945, les villes japonaises Hiroshima et Nagasaki subissent les premiers bombardements atomiques de l'Histoire.
Nous avons rassemblé dans ce dossier documentaire des témoignages sur ces bombardements et l'ampleur des destructions de vies humaines qu'ils ont provoquées.
Nous avons joint à ce dossier des témoignages et des points de vue d' historiens, en particulier sur les raisons pour lesquelles les États-Unis ont pris la décision de procéder à ces frappes atomiques contre des populations civiles.
S'agissait-il de contraindre le Japon à capituler, d'épargner la vie de centaines de milliers de soldats américains qui auraient été sacrifiés dans un assaut terrestre contre les villes japonaises ?
Une autre hypothèse est avancée, celle de la volonté des États-Unis d'affirmer leur suprématie militaire et d'adresser un avertissement à l'URSS. Selon cette hypothèse,le bombardement d' Hiroshima et Nagasaki serait le premier acte de la Guerre froide et de la confrontation entre les 2 grandes puissances victorieuses.
Les 2 explications ne sont pas contradictoires et peuvent être exposées sans être mises en concurrence, elles sont les 2 facettes d'une réalité historique complexe qui intègre bien d'autres éléments.
Pour conclure ce dossier,nous y avons joint l'article qu'Albert Camus a publié le 8 Août 1945 dans le journal Combat.
Un article qui se termine par cet avertissement, «  Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. »
Document 1

«J'ai vu les cendres Hiroshima, la ville escamotée par la bombe atomique»

Vue de l'avion, ce qu'on appelle l'aire atomique, et qui constitue un cercle de plus de trois kilomètres de rayon, ressemble à une énorme tache de pelade. A l'exception de quelques rares bâtiments, tout a été anéanti, réduit en cendres ou en poussière. La terre est comme scalpée. Hiroshima a été littéralement escamoté par la bombe atomique.
Le champignon atomique au dessus de la ville d'Hiroshima le 6 août 1945.
En même temps que leur ville, soixante mille habitants ont été volatilisés au moment de l'explosion de la bombe. Dans les semaines qui ont suivi, soixante mille autres sont morts, soit de leurs blessures, soit par l'effet des radiations atomiques. Une seule bombe et 120.000 humains* sont rayés du monde des vivants. A-t-on le droit de presser sur un bouton pour qu'il y ait cent mille âmes de moins à l'autre bout du monde? demandait Pascal. II a la réponse aujourd'hui.

Ici fut une ville

Je commence à être un connaisseur en ruines pour n'en avoir que trop vu. Je peux dire si une ville a été démolie au canon, à la bombe explosive ou à la bombe incendiaire. Les villes, elles aussi, quand elles sont mortes de mort violente, ont un cadavre qui est éloquent. Il retrace les circonstances de leur trépas. Celui Hiroshima ne dit rien. Et c'est peut- être, à première vue, la moins émouvante de toutes ces affreuses carcasses que la guerre a à son tableau.
Pour s'émouvoir sur les ruines d'une cité, il faut pouvoir retrouver l'image de ce qu'elle était, florissante. Même lorsqu'il ne reste que des collines de pierres, comme c'est souvent le cas sur les bords du Rhin, l'esprit rebâtit le paysage disparu. On revoit le boulevard planté d'arbres, la cathédrale et son parvis, la grand ‘rue et ses magasins. A travers l'absurde chaos que l'on a sous les yeux, on devine ce qui fut la raison et que la guerre a assassiné. Ici, on ne retrouve rien. Les villes japonaises, à cause de la fragilité de leurs constructions, ne laissent qu'un minimum de décombres. Mais quand elles sont soufflées par la bombe atomique, il n'en reste qu'un résidu infime.
II semble que les maisons aient été aspirées vers les entrailles de la terre
Ce qui fut le centre de Hiroshima, ce n'est plus aujourd'hui que le tracé d'une ville, un plan à l'échelle zéro, où les rues et les jardins sont indiqués par une autre couleur que les maisons. Voilà l'impression que reçoit le visiteur quand il arrive dans le centre de Hiroshima. II semble que les maisons aient été aspirées vers les entrailles de la terre. Tout ce qui est friable, la brique, les tuiles, le bois, voire le béton, a été réduit en poussière. En contemplant ces lieux désolés, je pensais au Jardin des Philosophes, de Kyoto, que j'avais visité la veille, et dont les Japonais sont si fiers. Mais celui-ci est autrement propice à la méditation. On y rencontre la notion du néant absolu.
Un homme parcourt les ruines d'Hiroshima en cendres.
Quand on se promène sur ce rivage maudit, planté de squelettes d'arbres et coupé de bras de mer encombré de vestiges de ponts, on découvre les traces d'une vie récente et qui pourtant n'a plus d'âge. Voici, par exemple un gros caillou brillant qui pourrait être un morceau de roche. Si vous y regardez de plus près, c'est un vase en verre de couleur dont les parois se sont soudées brusquement. Mais il y a d'autres témoignages: des ferrailles où se reconnaît encore la main de l'homme. Les plus communs sont des ustensiles de cuisine, qui ont été laminés, et des bicyclettes. Celles-ci se sont convulsées sous le cataclysme et chacune de leur roue est un chrysanthème en fil de fer.
Tout est pire que détruit: tout est éteint, et pourtant sur ce sol d'où il semble que la sève se soit retirée, quelques humains s'obstinent à vivre. Ici, un peu de fumée s'échappe d'une cabane en planches, là du linge sèche sur une corde, voici des enfants qui jouent parmi les cendres. On se demande pourquoi la guerre se donne tant de mal puisque la vie est indestructible.

Le «Soleil de la Mort»

Lorsque l'avion revint un peu plus tard sur les lieux pour noter les résultats, l'équipage n'en croyait pas ses yeux, m'a dit un expert américain rencontré à Hiroshima. Ce qui, un moment plus tôt, était une surface bâtie était devenu un désert.
La surprise de l'équipage se comprend d'autant mieux qu'il ignorait la mission qu'il venait accomplir. Seuls trois de ses membres étaient dans le secret: le pilote, un officier de marine qui avait participé à la fabrication de l'engin, et le bombardier, l'homme-qui-a-pressé-sur-le-bouton. Quant aux autres, ils savaient seulement qu'ils venaient accomplir un bombardement d'une nature particulière pour lequel on les avait munis de lunettes noires très épaisses.
L'équipage de l'avion SuperFortress B-29 Enola Gay après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima. Le pilote le colonel Paul W. Tibbets est au centre.
Une lumière aveuglante accompagne, en effet, l'explosion de la bombe, laquelle est parachutée de façon à ce que l'avion ait le temps de sortir de la zone d'atomisation. L'explosion se produit à environ cent mètres du sol. Le cataclysme se déroule ensuite avec une rapidité effrayante. Il se forme d'abord ce que les techniciens ont appelé le «globe de fusion» et que les Japonais nomment le «Soleil de la Mort». C'est une masse incandescente qui a environ cinq cents mètres de diamètre et dont la température est de 2.000.000 de degrés. Tout ce qui est vivant dans un certain périmètre est instantanément carbonisé. C'est comme si l'on portait un fer rouge dans une fourmilière.
Cette formidable élévation de température dans un endroit donné provoque un phénomène atmosphérique dont le mécanisme est le même que celui des moussons, mais infiniment plus violent. L'air environnant reçoit un «choc de mouvement» (is shocked in to motion), c'est-à-dire qu'il est précipité vers les régions plus froides à une vitesse de 1.500 km. à l'heure, alors que les plus forts ouragans ne dépassent pas 500 à l'heure. Dans l'espace atomique, tout est soufflé par cette tornade. En dehors, soit à plus de trois kilomètres de son point de départ, elle produit encore des dégâts considérables.
Ce n'est pas tout. Il y a encore un troisième effet qui est la radiation atomique contre laquelle on ne saurait être protégé par un mur en pierre d'un pied d'épaisseur. Les troubles qu'elle provoque dans l'organisme sont encore mal connus. Ce qu'on sait, c'est qu'elle affecte le système sanguin et détruit les globules blancs. Le sang ne coagule plus et les victimes présentent des symptômes d'hémophilie. Des habitants Hiroshima qui n'avaient reçu aucune brûlure, aucune contusion, sont morts par centaines dans le mois qui a suivi l'explosion,




À Nagasaki

Leur fin à eux tient de la magie. En une seconde, ils sont passés du règne animal au minéral.
Nagasaki offre le même spectacle que Hiroshima, avec cette différence que la bombe est allée tomber en bordure de la ville et n'a ainsi détruit en totalité qu'un faubourg extérieur. Aussi le chiffre des morts a-t-il été beaucoup moins élevé. On en compte seulement quarante mille. Ici aussi, on a enregistré quelque deux mille disparus. Ce sont les gens qui, au lendemain de la bombe, ne figuraient ni parmi les morts ni parmi les vivants. Leur fin à eux tient de la magie. En une seconde, ils sont passés du règne animal au minéral.
On voudrait savoir des survivants l'effet qu'a produit sur eux cette féerie mortelle et comment elle se déroule. Mais ce qui a dominé chez eux, c'est un sentiment de panique qui a oblitéré sur le moment toutes leurs autres facultés. Il faut être à l'affût d'un spectacle pour le bien enregistrer, sans quoi c'est l'impression de surprise qui prime tout. A plus forte raison quand à s'agit d'une boule de feu descendue sur la terre. On ne peut tirer des témoins qu'une phrase, toujours la même: «On aurait dit comme un soleil aveuglant.»
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Un petit garçon dans les ruines de Nagasaki après l'explosion de la bombe atomique le 9 août 1945.
Le P. Monfrette, infatigable et souriant, enseigne l'amour du prochain aux enfants catholiques de l'endroit, petites figures jaunes auxquelles la misère, et parfois des traces de brûlures, donnent un air vieillot et cruel.
«Ce sont des âmes comme les autres», dit-il en tapotant ces crânes noirs.
Des âmes comme les autres, et aussi des enfants comme il y en a tant d'autres de par le monde. Toute une jeunesse qui grandit parmi les ruines et qui respire un air écœurant de vieux charnier. Ils ont partout les mêmes loques, le même visage souffreteux et un peu fourbe, parce qu'après avoir rusé avec la mort, il leur faut maintenant ruser avec la misère. La seule notion de vie sociale qu'ils aient déjà, c'est qu'il faut tendre la main à l'étranger en lui montrant ses plaies, si on a la chance d'en avoir. Le toit d'une prison sera peut-être un jour le premier cadeau que leur fera la civilisation.
Par James de Coquet.
Article paru dans Le Figaro du 18 janvier 1946 (extraits)


Document 2


Même sans les bombardements atomiques,la suprématie aérienne sur le Japon aurait été suffisante pour les amener à une reddition sans conditions et évité le recours à une invasion. Basé sur une enquête minutieuse de tous les éléments, et confirmé par les témoignages des dirigeants japonais impliqués encore en vie, nous pensons que… le Japon aurait capitulé même si les bombes n’avaient pas été larguées, même si les Russes n’étaient pas entrés en guerre contre le Japon et même si aucun plan d’invasion n’avait été prévu ou envisagé.
Source : United States Strategic Bombing Survey 1946
Document 3
Le 7 mai 1945, lorsque le maréchal Jodl signa l’acte de capitulation de l’Allemagne nazie, son allié, le Japon impérial, n’était déjà plus que l’ombre de lui-même : son arme d’élite d’autrefois, l’aviation, ne comprenait plus qu’un petit nombre d’adolescents désespérés mais prodigieusement courageux, et dont la plupart étaient assignés à des missions kamikazes ; il ne restait pratiquement plus rien de la marine marchande et de la marine de guerre. Les défenses antiaériennes s’étaient effondrées : entre le 9 mars et le 15 juin, les bombardiers B-29 américains avaient effectué plus de sept mille sorties en subissant seulement des pertes minimes.
Le 10 mars précédent, plus de cent vingt-cinq mille personnes avaient été tuées ou blessées lors d’un bombardement sur Tokyo. Un événement, seulement dépassé dans l’horreur par les trois raids des aviations anglo-canadienne et américaine sur Dresde, dans la nuit du 13 au 14 février 1945. Pour le patron de l’US Air Force, le général Curtis Le May, il s’agissait de « ramener le Japon à l’âge de pierre », métaphore qu’il répéterait sans cesse les années suivantes pour décrire la liquidation physique de dizaines de milliers de Coréens par ses chefs d’escadrilles.

Source:Le monde diplomatique
Document 4
L'horreur atomique
"Au moment de l'explosion, l'énergie a été libérée sous forme de lumière, de chaleur, de radiations et de pression. La bande entière des radiations, depuis les rayons X et gamma, les ultraviolets et les rayons visibles, jusqu'à la chaleur rayonnante des infrarouges, se propagea à la vitesse de la lumière. Une onde de choc, créée par l'énorme pression, se forma presque instantanément autour du point d'explosion mais se déplaça plus lentement, approximativement à la vitesse du son [environ 300 m/s]. Les gaz surchauffés qui constituaient la boule de feu primitive s'étendirent et montèrent plus lentement encore. (...) L'éclair ne dura qu'une fraction de seconde, mais son intensité fut telle qu'il causa des brûlures du troisième degré sur la peau humaine non protégée dans un rayon d'un kilomètre et demi. (...) Dans le voisinage immédiat du point zéro [point du sol se trouvant exactement au-dessous de l'explosion], la chaleur carbonisa les cadavres et les rendit méconnaissables."
Rapport de l'État-Major américain, sans date, à propos d'une des deux explosions nucléaires
.source:Histoire Terminale Nathan 1998
Document 5
« CE QUE J'ÉCRIS EST UN AVERTISSEMENT AU MONDE ENTIER ».
Les docteurs s'effondrent en plein travail. Risques de gaz mortels ; tous portent des masques. (De notre envoyé spécial Burchett).
A Hiroshima, trente jours après la première bombe atomique qui détruisit la ville et fit trembler le monde, des gens, qui n'avaient pas été atteints pendant le cataclysme, sont encore aujourd'hui en train de mourir, mystérieusement, horriblement, d'un mal inconnu pour lequel je n'ai pas d'autre nom que celui de peste atomique. Hiroshima ne ressemble pas à une cité bombardée. Elle fait penser à une ville sur laquelle serait passé un monstrueux rouleau compresseur, qui l'aurait broyée, anéantie à jamais (...).
Dans ces hôpitaux, j'ai découvert des gens qui, tout en n'ayant reçu aucune blessure au moment de l'explosion, sont pourtant en train de mourir de ses mystérieux effets.
Sans raison apparente, leur santé vacille. Ils perdent l'appétit. Leurs cheveux tombent. Des taches bleuâtres apparaissent sur leurs corps. Et puis ils se mettent à saigner, des oreilles, du nez, de la bouche. Au début, les docteurs attribuèrent ces symptômes à une faiblesse généralisée. Ils administrèrent à leurs patients des injections de vitamine A. Les résultats furent horribles. La chair se mit à pourrir autour du trou fait par l'aiguille de la seringue. Et, chaque fois, cela se termina par la mort de la victime. C'est là un des effets différés de la première bombe atomique lancée par des hommes et ce que j'ai vu m'a suffi (...).
On a dénombré 53.000 morts. 30.000 autres personnes sont portées disparues, ce qui signifie qu'elles ont succombé sans aucun doute possible. Pendant la journée que j'ai passée à Hiroshima, 100 personnes sont mortes des effets de la bombe : elles faisaient partie des 13'000 blessés graves de l'explosion. Depuis, elles meurent, à la cadence de 100 par jour. Et, vraisemblablement, toutes sont condamnées. Il y en a encore 40'000 autres qui ont été légèrement blessées (...)."
source :W. Burchett, Daily Express, 5 septembre 1945. Traduction : Révolution, 2 août 1985.
Document 6
La réaction de Camus au bombardement Hiroshima
« Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes, que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase: la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.
En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.
Ces découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable.
Déjà, on ne respirait pas facilement dans ce monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.
(...)
Au reste, il est d'autres raisons d'accueillir avec réserve le roman d'anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l'Agence Reuter annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam, remarquer qu'il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.
Qu'on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction Hiroshima et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l'intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.
Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. »

source :Albert Camus, éditorial de « Combat », 8 août 1945

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