dimanche 23 octobre 2016

Le viol de Nankin (13 Décembre 1937), un crime de guerre que la Chine ne peut oublier

Le viol de Nankin (13 Décembre 1937), un crime de guerre que la Chine ne peut oublier

Présentation

La proclamation de la République populaire de Chine le 1 Octobre 1949 ne marque pas seulement la victoire des communistes chinois, elle marque ausi la fin d’une longue période de domination et d’occupation étrangère. La Chine, avec la prise du pouvoir par les communistes referme une longue et tragique période de son histoire où elle avait perdu son indépendance et sa souveraineté
Le  massacre de Nankin, commis par l’armée impériale japonaise contre une population livrée à sa merci constitue sans doute l’épisode le plus  atroce de l’Histoire de la Chine et reste aujourd’hui l’un des principaux fondements de la conscience nationale et de la mémoire collective des Chinois.
L’impérialisme japonais dans son développement se heurta très vite à l’étroitesse de son territoire national et à la faiblesse de sa population et de ses ressources.
Son besoin d’un « espace vital », au sens strict que les Nazis donnaient à ce terme,se heurtait à l’obstacle absolu que constituaient l’Empire britannique et les possessions coloniales françaises et néerlandaises.
La Chine était une proie offerte, affaiblie, divisée, déchirée par les puissances impérialistes, elle ne pouvait offrir aucune résistance à la soif de conquête des Japonais.
Du point de vue japonais, la Chine offrait l’immense avantage de l’étendue de son territoire et de ses ressources et surtout de sa population que l’on projetait de réduire au servage le plus brutal.
Il faut comprendre que dans les milieux impériaux japonais, dans la caste des officier et une grande partie de la population japonaise, les chinois sont vus comme une race inférieure, un peuple de coolies voués à servir ses nouveaux maîtres.
En un mot,  la vision japonaise de la Chine correspond à celle que les Nazis se font du monde slave, une terre de conquêtes et un peuple voué à la domination la plus brutale et aux formes les plus barbares de l’exploitation, plus proches du travail forcé que du salariat moderne.
Il y a,  comme en Allemagne la résurgence ou la survivance d’un passé féodal et des exigences de l’exploitation capitaliste poussée jusqu’au point où même la survie biologique de la force de travail n’est plus assurée
Le massacre de Nankin, qui a surpris et choqué les historiens par son épouvantable niveau de barbarie et de cruauté, ne peut être compris que dans ce contexte, un contexte dans lequel les soldats japonais sont éduqués et formés dans la haine et le mépris des chinois, jusqu’au point de la négation de leur humanité même
Avertissement: J’ai retiré de ce dossier les photos les plus atroces et les récits les plus insoutenables, malgré ces précautions les quelques photos et les témoignages que je publie ont une telle intensité dramatique qu’ils pourront choquer les plus sensibles.

LE VIOL DE NANKIN, Premier acte.

Quand les premiers soldats japonais entrent le 13 décembre 1937 à Nankin, la capitale de la Chine nationaliste a été évacuée le mois précédent par le général Tchang Kaï-chek (surnommé le  » Gimo « ). Abandonnée par une grande partie de sa population, la métropole a en revanche accueilli des centaines de milliers de réfugiés. Cela fait cinq mois que la guerre sino-japonaise fait rage. Les Japonais, malgré la résistance chinoise, sont entrés en force pour occuper sa capitale historique – Pékin, alors appelée Peiping, la  » Paix du Nord  » – sa capitale économique, Shanghai, et Canton, la capitale du Sud.
La violence avait déjà régné lors de la longue bataille pour Shanghai, l’armée japonaise écrasant civils et militaires sous un déluge de feu. Mais c’est pendant ce que l’on a appelé le  » sac de Nankin  » – en anglais, on dit avec plus de réalisme le  » viol de Nankin  » – que l’horreur a atteint son paroxysme.



Sac de Nankin
Sac de Nankin

L’extermination des soldats chinois

Le massacre fut délibéré et sans pitié. Les violences durèrent plusieurs semaines, même si l’essentiel du massacre eut lieu dans les premiers jours : en janvier, plusieurs milliers de « soldats en civil » étaient encore arrêtés pour être exécutés. Rares furent ceux qui échappèrent à la mort. Même à l’intérieur de la Zone de sécurité, les camps de réfugiés étaient passés au peigne fin. Tous les Chinois devaient être enregistrés à partir du 26 décembre. Selon Rabe, 20 000 arrestations eurent lieu ainsi11. Tous les hommes en âge de combattre étaient examinés de près : une coupe de cheveux militaire, un front plus pâle que le reste du visage (les soldats portaient des casques) ou une marque rouge sur l’épaule qui porte le fusil étaient autant de condamnations à mort. Des milliers de civils de sexe masculin appartenant au groupe d’âge 15-45 ans (peu nombreux car beaucoup avaient fui la ville en laissant leur famille derrière eux) furent pris dans les mailles du filet. Les officiers japonais préféraient arrêter tout homme qui aurait pu être un soldat, selon le principe « mieux vaut dix innocents morts qu’un ex-soldat en liberté ». La directive émise le soir du 13 décembre par la 6e brigade de la 9e division est, à ce titre, révélatrice : « … vous devez arrêter toute personne susceptible d’être un soldat en civil et le tenir prisonnier dans un lieu approprié (…) Vous devez considérer tout homme adulte jusqu’à la cinquantaine comme un soldat égaré ou en civil, et par conséquent l’arrêter et le tenir prisonnier »
En ce qui concerne les exécutions, les ordres furent probablement transmis oralement ou écrits dans le style ambigu caractéristique des « solutions finales ». Quelques directives extrêmement explicites nous sont malgré tout parvenues. Ainsi, l’ordre reçu le 13 décembre par le 1er bataillon du 66erégiment d’infanterie, 114edivision : « Vous exécuterez tous les prisonniers conformément aux ordres de votre brigade. En ce qui concerne la méthode d’exécution, pourquoi ne pas constituer des groupes de douze soldats que vous attacherez ensemble et fusillerez les uns après les autres ?
Un tel modus operandi était déterminé par la recherche de la rapidité, de l’efficacité et de l’effet de surprise. De nombreux prisonniers de guerre furent passés à la baïonnette ou décapités au sabre – ce que les soldats japonais considéraient comme une distraction de première qualité et leurs chefs comme un bon entraînement – mais, vu l’ampleur de la tâche, il était plus rapide et plus pratique de concentrer le feu de plusieurs mitrailleuses sur des groupes plus importants, puis de brûler les corps avec de l’essence. Il y eut des survivants, d’où les informations abondantes dont nous disposons sur ces exécutions. Les cibles, les procédés et les résultats furent partout plus ou moins les mêmes, et ce quelle que soit l’unité japonaise impliquée, la date ou l’attitude des prisonniers de guerre. Aucun groupe important de prisonniers n’échappa à la mort pour être envoyé dans un camp ou pour être libéré. Les plus chanceux furent choisis pour être coolies par une armée japonaise souffrant d’un déficit logistique chronique. Mais même ces derniers finissaient souvent exécutés lorsque l’on n’avait plus besoin d’eux ou lorsque les soldats voulaient se distraire. La déception exprimée par l’officier d’état-major Sakakibara en témoigne : « Je comptais utiliser les prisonniers comme main-d’œuvre à Shanghai, mais ils furent tués alors que j’étais en déplacement ». D’après ce que nous savons, aucun soldat japonais ne fut puni pour ces crimes, du moins durant cette période.
Le but était de gagner la guerre, mais aussi d’anéantir la base du Guomindang. Les fonctionnaires étaient donc considérés comme des ennemis. Plus de 50 des 400 policiers « offerts » par l’ancienne municipalité au Comité international furent ainsi arrêtés et exécutés, de même que quelques balayeurs des rues et 43 des 54 employés restés à leur poste dans la centrale électrique et considérés à tort (ils appartenaient au secteur privé) comme des fonctionnaires d’Etat.

Les multiples violences contre les civils.

source: perspectives chinoises
La troisième et dernière catégorie de violences a touché les civils en tant que civils et non plus, comme ce fut le cas pour les hommes jeunes, en tant que soldats potentiels. Plus profondes, plus étalées dans le temps mais moins systématiques et meurtrières, ces violences peuvent être divisées en trois sous catégories. Les innombrables viols (de 8 000 à 20 000 d’après les témoins occidentaux) furent plus que toute autre chose à l’origine de l’atmosphère de terreur qui régnait parmi les réfugiés durant cette période. Si le nombre de femmes appartenant à la tranche d’âge la plus exposée (entre 15 et 40 ans) peut être évalué à un maximum de 50 000 (voir partie 2 pour les chiffres relatifs à la population), et même si l’on prend en compte les fréquents viols multiples qui leur furent infligés, nous pouvons conclure sans prendre trop de risques que, dans ce court intervalle de deux mois, une proportion très importante de ce groupe d’âge (probablement entre 10 et 30 %) fut victime de crimes sexuels. D’après les membres du Comité international, plus de 1 000 femmes pouvaient être violées certains jours (ou, plus précisément, certaines nuits) de décembre. Aucune femme ne pouvait se sentir à l’abri : sur le seul campus de l’université, la plus jeune victime recensée avait 9 ans et la plus âgée 76 ans.
Plusieurs facteurs aggravants sont à prendre en compte : les soldats agissaient généralement en petits groupes, la plupart des viols semblent donc avoir été collectifs ; les viols se déroulaient souvent sous les yeux d’autres femmes réfugiées, et, bien que moins fréquemment, en présence des familles terrorisées ; les femmes étaient souvent emmenées dans les lieux de casernement des soldats et n’étaient libérées que le matin suivant, et parfois après plusieurs jours ou plusieurs semaines – dans ce cas, elles pouvaient être utilisées comme servantes le jour et esclaves sexuelles la nuit ; la violence (encore une fois à l’aide de la baïonnette) était la règle lorsque la victime ou ses proches résistaient et le meurtre n’était pas rare, même s’il n’était pas non plus monnaie courante. Bien souvent, les femmes étaient poussées ou forcées à se prostituer : il semblerait que le dégradant système des « femmes de réconfort » soit né à Nankin avant de s’étendre plus tard à d’autres régions.
Nous venons de mentionner le meurtre des membres de la famille (amis, voisins) au cours d’un viol. Plus généralement, le moindre obstacle à la volonté des soldats japonais, la plus légère réticence à suivre leurs ordres (généralement donnés en japonais, parfois dans un chinois approximatif…), toute tentative de se cacher ou de fuir pouvait être punie de mort. D’après le Révérend John Magee du Comité international, les soldats japonais « ne se sont pas contenté de tuer les prisonniers, ils s’en sont également pris aux citoyens ordinaires, tous âges confondus. Nombre d’entre eux ont été tirés à vue comme des lapins. La ville est jonchée de cadavres1 (…) Les Chinois sont souvent peureux et se mettent bêtement à courir lorsqu’ils sont interpellés. C’est ce qui s’est passé avec cet homme (…) Lorsqu’ils l’ont tué, les deux soldats japonais n’ont pas fait plus cas de lui que s’il s’était agi d’un rat, continuant à fumer et à plaisanter »
Ces meurtres, que l’on pourrait presque qualifier d’aveugles, constituent la deuxième sous-catégorie de violences perpétrées à l’encontre de la population civile. L’enquête la plus approfondie sur ces violences a été réalisée après mars 1938 par un sociologue de l’Université de Nankin membre du Comité international, Lewis S.C. Smythe. Il fut aidé dans cette tâche par une vingtaine d’étudiants. Les chiffres recensés pour les villages du Jiangning xian, proche de Nankin, sont particulièrement révélateurs : sur 9 160 meurtres, plus des trois quarts concernent des hommes. 59 % d’entre eux font partie du groupe d’âge 15-44 ans et furent donc généralement considérés comme soldats potentiels. Mais seulement 11 % des meurtres de femmes concernent ce même groupe d’âge – celui dans lequel on compte le plus de viols – alors que 83 % concernent les femmes de 45 ans et plus (et 39 % les femmes de 60 ans et plus). Ces données semblent confirmer ce que démontrait déjà un grand nombre de cas individuels : les personnes âgées, et particulièrement les femmes âgées, sont restées pour tenter de protéger leur maison ou leur commerce tandis que leurs familles, pensant qu’elles seraient épargnées par les Japonais, s’étaient cachées ou réfugiées dans les camps de la Zone de sécurité. En réalité, les soldats japonais les ont rarement épargnées lors des pillages et incendies auxquels ils se livraient. Nombre d’entre elles ont ainsi été brûlées vives dans leur propre maison. Par ailleurs, de nombreuses mères et grand-mères sont mortes pour avoir tenté de s’opposer au viol de leur fille ou petite-fille. De nombreux cas individuels semblent indiquer que les membres de la famille étaient plus souvent exécutés que la victime du viol elle-même. Les statistiques de Smythe nous fournissent une dernière information importante concernant les enfants : le groupe d’âge 5-14 ans représente 8 % des morts (légèrement plus de garçons que de filles), et le groupe d’âge 0-4 ans environ 2 %. Les Japonais n’étaient donc pas des tueurs d’enfants acharnés.
La troisième et dernière sous-catégorie de violences contre les civils concerne les innombrables pillages et actes incendiaires qui rendaient la vie pratiquement impossible dans les quartiers situés en dehors de la Zone de sécurité. Dans une ville pourtant peu touchée par la guerre elle-même, environ un tiers des bâtiments fut entièrement ou partiellement détruit, et ce de façon systématique, pendant plusieurs semaines. Les habitants furent dévalisés, même du peu d’objets et de nourriture qu’ils avaient pu emporter dans les camps de réfugiés. Pire encore : le pillage méthodique, rue après rue, de magasins qui étaient ensuite brûlés. Les commerces ne bénéficiaient pas de la protection du Comité international, la Zone de sécurité regroupant principalement les bâtiments administratifs, scolaires et médicaux. Ces pillages étaient bien organisés. Les officiers dirigeaient leurs hommes dans ces expéditions peu glorieuses ; des convois entiers de camions transportaient les biens volés. Les plus haut gradés profitaient parfois sans vergogne de ces razzias. Le lieutenant général Nakajima Kesago – ancien chef de la police militaire, la redoutableKempeitai – répondit ainsi à son commandant en chef, le général Matsui Iwane, qui le blâmait pour sa cupidité : « En quoi le vol d’œuvres d’art est-il si grave quand c’est tout un pays avec ses vies humaines que nous volons ? A qui profiteront ces biens si nous les laissons derrière nous ? »19. Son cynisme mis à part, cette remarque nous renseigne sur les véritables intentions des Japonais (ou d’une partie des Japonais ?) : il ne s’agissait certainement pas de se livrer à un génocide de la population chinoise, mais de provoquer son appauvrissement, la désintégration de la société, la dislocation des structures politiques et la dégradation de la culture. Ce projet fait écho à la tentative japonaise de diviser la Chine en autant de territoires que possible (cette politique fut revisée en 1939-1940 en raison de la résistance inattendue des Chinois) et à l’inquiétant développement du commerce de produits stupéfiants qui avait alarmé le Comité international dès le printemps 1938. Nous développerons ces points dans la troisième partie de l’article.

Tortures, viols et meurtres.

Les témoignages des rares étrangers restés sur place sont terribles : viols, exécutions, massacres en masse… Les femmes étaient violées sur place, écolières dans leurs dortoirs, infirmières dans les hôpitaux, Volonté d’humilier tout un peuple, obsession sexuelle d’hommes soumis à une violence institutionnalisée, qui traumatisèrent toute une ville, tout un peuple.
Enfants et vieillards sont sauvagement massacrés ainsi que les quelques rares soldats restés dans la ville.
Le nombre des victimes de cette dizaine de jours d’orgie meurtrière n’a jamais été établi avec certitude. Robert Guillain, alors tout jeune envoyé spécial de l’agence Havas en Chine, donne dans ses souvenirs le chiffre de 200 000 victimes.
Après quelques jours de cette tuerie, les artères de la ville sont jonchées de monceaux de cadavres
(43 000 selon la Croix-Rouge chinoise). Ces corps sont laissés sur place au risque de provoquer des épidémies.
Des témoins ont évoqué le raffinement des supplices que les Japonais faisaient subir à leurs victimes.
Les meurtres et les viols ne suffisent pas ; les militaires inventent de nouveaux procédés : ils font déshabiller les hommes et les femmes puis les laissent mourir de froid ; ils les enterrent vivants ; les obligent à boire du kérosène ou les éventrent à coup de baïonnette.
Les femmes ont été les principales cibles de cette barbarie ; fillettes, femmes enceintes ou âgées, les viols sont suivis du meurtre ou de mutilations.

Récits et témoignages.

La ville de Nankin abritait beaucoup d’étrangers, dont la plupart ont réussi à communiquer les atrocités commises à Nankin, via des lettres ou des journaux. Le révérend James McCallum écrit ainsi : 
Je ne sais pas quand cela se terminera. Jamais je n’ai entendu ou lu autant de brutalité. Viol ! Viol ! Viol ! Nous estimons au moins 1 000 cas par nuit et beaucoup de jour. En cas de résistance ou tout ce qui ressemble à une réprobation, il y a un coup de baïonnette ou une balle… Les gens sont hystériques… Les femmes sont emportées chaque matin, après-midi et soir. Toute l’armée japonaise semble libre d’aller et venir comme elle veut et de faire ce qui lui plaît.
Source citation : Hua-ling Hu, American Goddess at the Rape of Nanking: The Courage of Minnie Vautrin, 2000, p. 97
Le 10 février 1938, le secrétaire de légation de l’ambassade allemande
Durant le règne de la terreur japonais à Nankin – qui en tout cas continue à ce jour dans des proportions incroyables – le révérend John Magee, membre de la mission de l’église épiscopale américaine qui est sur place depuis près de vingt-cinq ans, a filmé des images qui sont un témoignage éloquent des atrocités perpétrées par les Japonais… Nous allons maintenant attendre et voir si les hauts officiers japonais réussiront, comme ils l’ont promis, à stopper les activités de leurs troupes, qui continuent encore aujourd’hui.

Le 13 décembre, environ 30 soldats sont venus à la maison chinoise au 5 rue Hsing Lu Koo, dans le quartier sud-est de Nankin et ont demandé à entrer. La porte a été ouverte par le propriétaire, un musulman appelé Ha.
Ils l’ont tout de suite tué avec un revolver et également Mme Ha, qui s’est agenouillée devant eux après la mort de son mari, les suppliant de ne tuer personne d’autre. Mme Ha leur a demandé pourquoi ils ont tué son mari et ils l’ont abattue. Mme Hsia a été traînée de dessous une table dans la salle des invités où elle a tenté de se cacher avec son bébé âgé d’un an. Après avoir été déshabillée et violée par un ou plusieurs hommes, elle a reçu un coup de baïonnette dans la poitrine et une bouteille a ensuite été introduite dans son vagin. Le bébé a été tué à la baïonnette.

Certains soldats sont ensuite allés dans la pièce suivante, où se trouvaient les parents de Mme Hsia, âgés de 76 et 74 ans, et ses deux filles de 16 et 14 ans. La grand-mère a essayé de protéger les deux filles du viol des soldats. Ils l’ont tuée avec un revolver. Le grand-père a saisi le corps de sa femme et a été tué. Les deux filles ont été ensuite déshabillées, la plus âgée violée par 2 ou 3 hommes et la plus jeune par trois hommes. La fille la plus âgée a été poignardée et un bâton introduit dans son vagin. La plus jeune a reçu des coups de baïonnette mais a été épargnée du traitement horrible subi par sa sœur et sa mère. Les soldats ont ensuite donné des coups de baïonnette à une autre sœur de 7-8 ans qui était aussi dans la pièce. Les derniers meurtres dans cette maison sont ceux des deux enfants des Ha, âgés respectivement de 4 et 2 ans. Le plus âgé a été tué à la baïonnette et le plus jeune à l’épée.
le chirurgien Robert O. Wilson écrit à sa famille en 1937
Le massacre de civils est épouvantable. Je pourrais écrire des pages de cas de viol et de brutalité presque incroyables. Deux corps passés à la baïonnette sont les seuls survivants de sept balayeurs qui étaient assis sur leur siège lorsque les soldats japonais sont arrivés sans avertissement ou raison et ont tué cinq d’entre eux et blessé les deux qui ont réussi à trouver le chemin de l’hôpital.

Laissez-moi raconter certains cas qui ont eu lieu ces deux derniers jours. La nuit dernière la maison d’un des membres chinois du personnel de l’Université a été détruite et deux des femmes, qui sont parentes avec lui, ont été violées. Deux filles d’environ 16 ans ont été violées à mort dans un camp de réfugiés. Dans l’Université où se trouvent 8 000 personnes, les Japonais sont venus dix fois dans la nuit, passant au-dessus du mur, pour voler de la nourriture, des vêtements et violer jusqu’à satisfaction. Ils ont donné cinq coups de baïonnette à un petit garçon de huit ans dont un dans l’estomac, une partie de son épiploon (partie de l’intestin grêle, ndT) se retrouvant hors de son abdomen. Je pense qu’il va vivre.

Le témoignage de Madame Li, survivante du massacre

La tête inclinée, à l’aise dans son vieux costume gris, elle raconte ce matin du 19 décembre 1937, quand les soldats japonais ont fait irruption dans l’abri où elle se cachait depuis plusieurs jours avec 70 autres personnes. «Ces abris avaient été mis en place par les ambassades étrangères. Nous étions une quarantaine de femmes, la plupart étaient très jeunes. Les hommes s’occupaient du ravitaillement et sortaient souvent, car il n’y avait pas d’eau à l’intérieur. Nous nous croyions en sécurité.» Le récit est presque mécanique. Puis au fil de la conversation, la vieille dame s’agite, semble revivre les souffrances qui remontent. «Les Japonais ont d’abord emmené les hommes. Plus tard, ils sont revenus. Nous savions qu’ils allaient nous violer.» Enceinte de sept mois, Li, alors âgée de 19 ans, a voulu se tuer. Elle mime: «J’ai tapé ma tête contre le mur de pierre et j’ai fini par m’évanouir.» 37 coups de couteau. Laissée pour morte, la jeune Li y a réchappé une première fois. Mais de nouveau, des soldats sont venus l’après-midi. «Ils étaient trois. L’un d’entre eux a fait sortir les autres et s’est rué aussitôt sur moi pour m’arracher mes vêtements. Mon chandail était très serré.» Un sourire pudique glisse sur son visage, à l’évocation de la jeune fille qu’elle était. Puis elle se redresse. «Alors, avec toute ma rage, je me suis battue. Je l’ai mordu, griffé au visage, il était en sang. J’ai même réussi à lui prendre son couteau. Mais les deux autres ont fini par venir à son secours.» Et puis l’horreur. «Ils m’ont battue à coups de couteau. J’ai reçu 37 coups de lame. D’abord aux jambes.» Elle montre ses jambes. «Ensuite au visage. Sur tout le visage.» Alors, elle vous prend la main pour tâter ses joues. Elle sait que les rides ont aujourd’hui quasiment recouvert les stigmates de son calvaire. Elle ne dira pas si les soldats ont abusé d’elle.

Sur cette photo d’archives, des chinois sont enterrés vifs

Crimes et châtiment

Le procès de Tokyo, institué par MacArthur, pour juger les crimes commis en Asie. Sept condamnations à mort par pendaison ont été prononcées en 1948 dont celle de Hirota, accusé plus particulièrement des atrocités perpétrées en Chine . Library of Congress
Le procès de Tokyo, institué par MacArthur, pour juger les crimes commis en Asie. Sept condamnations à mort par pendaison ont été prononcées en 1948 dont celle de Hirota, accusé plus particulièrement des atrocités perpétrées en Chine . Library of Congress

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