mercredi 18 janvier 2017

Extension du domaine de la pute



Extension du domaine de la pute

« Rebonjour, c’est le technicien d’Orange. Juste pour vous dire que vous étiez très jolie et que vous avez un très beau sourire »

J' ignore le châtiment qui sera réservé à ce malheureux pour un forfait aussi abominable et j'exprime toute ma compassion à son innocente victime.
J'imagine l'atroce traumatisme, le choc , l'effroi et l'angoisse qu'elle a du ressentir à la réception d'un message lui disant qu'elle était jolie et que l'on'avait été trop timide pour oser le lui dire.
Pour éviter la répétition de telles horreurs et aussi  éviter à quelques malheureux de perdre leur emploi ou d'être envoyé aux galères, permettez-moi d'initier en quelques lignes les plus ignorants à ce que pour leur survie ils doivent savoir de l'air du temps.
En premier lieu, une liste, non exhaustive, des lieux où ne doit surtout pas adresser la parole, ou pire encore, des mots charmeurs à ces demoiselles.
Le train, le métro et le bus, sans oublier l'avion ou le tramway et tout autres lieux propres à tous les transports, sauf les transports amoureux
Pour votre tranquillité, éviter aussi de leur parler et même de les regarder dans les rues, les avenues, les squares, les chemins de campagnes et même les aires d’autoroutes et tout autres lieux d’où la lubricité doit être bannie et la vertu triompher.
Au bureau, à l'usine, dans les champs où au milieu de la steppe, avalez vos mots et détourner votre regard, l'innocence a su, au milieu des larmes, trouver le temps d'inscrire votre inconduite dans le Code pénal, 2 précautions valant mieux qu'une.
Pour les audacieux, les inconscients et les téméraires qui oseraient braver ces interdits, ne leur dites surtout pas qu'elles sont jolies, ce serait vous aventurer sur le terrain miné de l'offense absolue.
Quel que soit son tour de poitrine, le charme ineffable de son sourire ou la profondeur de son décolleté;Qu'elle porte un short moulantqu'elle ait des petites fesses rondes ou des hardes informes dissimulant quelques protubérances adipeuses, ne considérez rien d'autre que son intelligence et sa beauté intérieure et pour celles qui sont dépourvues de l'une ou l'autre ou de la totalité de ces qualités, parlez d'autre chose, la pluie, le beau temps et quelques sujets de même importance devraient vous permettre de vous tirer d'affaire
Votre regard, votre parole et vos pensées doivent rester chastes et toute expression de désir ou toute tentative de séduction pourraient vous faire basculer dans le monde de la délinquance et vous valoir la qualification infamante et juridiquement de plus en plus exposée de harceleur
Un amical conseil, portez des pantalons larges pour camoufler les manifestations trop visibles de votre coupable enthousiasme, portez des lunettes noires ou faites vous crever les yeux pour ne plus voir ce sein que l'on ne saurait voir.
Vous mes direz, 'que nous reste t-il ?' C'est une excellente question et je vous remercie de me l'avoir posée.
Il restait les putes, mais avec 5000 euros d'amende, ça fait cher du bouton de braguette, alors il ne reste plus qu'internet et les sites de rencontres où sont inscrits environ 10 millions de personnes, soit la quasi totalité de la population sexuellement active et libre de ses soirées
Un monde parfait et parfaitement régulé par la loi de l'offre et de la demande et accessoirement par les lois du marché, certains sites imposant aux hommes des droits inscription exorbitants  afin de vous éviter la malencontreuse aventure de croiser un pauvre, ou pire encore le mettre dans votre lit.
Le hasard des rencontres laisse place à la plus rigoureuse sélection, taille , poids, signe astrologique ( pour les plus connes), profession, revenus. Bienvenue dans le grand catalogue, au rayon des emplettes où vous êtes rangés comme un vulgaire bocal à cornichons.
Le progrès n'ayant aucune limite et l'Empire du Bien étant un impérialisme conquérant, il ne suffit pas que les 2 sexes soient mis à distance respectueuse l'un de l'autre, mais c'est l'existence même de leur altérité qui doit être effacée.
Sur nos grandes affiches de publicité ou sur la couverture de nos magazines, plus question de petites culottes, de balconnets pigeonnants ou pire encore, leur idéal serait que l'on n'y voit plus que des grosses et bien laides et surtout bien enveloppées, anoraks, gros pulls de laines, écharpes et bonnets, que rien ne dépasse, rien qui puisse lutiner la bête qui est en nous, qu'on le sache, toute nudité sera châtiée
Les bonnes choses s'apprenant dès l'enfance, arrachez les jolies poupées des mains de vos petites filles, offrez leur une belle boite à outil et faîtes les rêver au beau métier de CRS ou chauffeur routier.Quant à vos garçons, vous pourrez les initier au port d'un joli tutu rose et au port de la jupe et des talons aiguilles dont je ne vois pas pour quelle raison il serait l'apanage de la féminité, qui sait si un jour dans sa gloire rayonnante il ne sera pas élu dans un concours de reine de beauté
J'ai eu le malheur d'avoir 20 ans dans ces années 70 encore marquées par la barbarie, les filles s'ouvraient comme des fleurs, pour un mot gentil, avec Nanar et Dédé nous avons arpenté des kilomètres de plage, des nuits passées au Palace, au Bus Palladium ou à la Loco et même quelques fins de soirée dans les bars à tapin d'où nous ressortions au petit matin, la bourse vide, la carte bleue cramée, mais les mains pleines et l'esprit léger

Je dois avouer, cela me sera t-il pardonné, de n'en éprouver aucune honte ni aucun regret, juste la nostalgie et le sentiment de la chance que j'ai eue de n'avoir pas 20 ans aujourd'hui

mardi 17 janvier 2017

Après les déclarations de Trump, encore une fois Europe et Amérique

Après les déclarations de Trump, encore une fois Europe et Amérique, une histoire inachevée


Au moment où Ttump vient de signifier aux Européens, la place qu'il entend leur assigner, il est utile de relire ces lignes écrites par Trotsy sur les rapports entre l'Europe et l'Amérique.
Certes, les conditions historiques sont différentes et pourtant ces lignes restent d'une brûlante actualité et expriment les rapports réels entre les classes que les fanfaronnades de Merkel ou Hollande ne pourront plus longtemps dissimuler.
Une période historique s'achève, celle où pour ses propres besoins, l'impérialisme américain a pris en charge la reconstruction économique de l'Europe et du Japon
La légende d'une construction européenne conduite pour assurer la paix et la prospérité va se fracasser sous nos yeux et le vieux conflit, le conflit fondamental de notre temps, celui pour la domination mondiale, va resurgir avec une force et une violence inconnue depuis des décennies
Sous la menace de la révolution et face à l'effondrement de tous les États bourgeois et pour la nécessité où ils se trouvaient de reconstituer un marché mondial, les États-Unis ont du reconstruire l'Europe et restaurer ainsi l'ancienne division du travail
Ce faisant, ils faisaient aussi renaître le vieil antagonisme entre l'Europe et l'Amérique et aussi entre les États européens eux mêmes
La puissance économique et commerciale acquise par l'Allemagne est un problème pour les autres bourgeoisies européennes, mais aussi et cela est beaucoup plus grave pour Mme Merkel, pour les États-Unis eux mêmes.
Ce que dit Trump aux européens, c'est d'abord qu'il va leur ramener à leur vraie place, engager une guerre impitoyable contre eux pour réduire leurs parts du marché mondial, ces cochons d'européens devront payer et payer le prix fort.
Ce qu'il leur dit aussi, c'est que cette guerre sera menée sans accords , ni traités qui puissent limiter la puissance américaine.
Derrière l'unité de façade maintenue par les traités, l'Europe est en ruines et surtout les vieux antagonismes entre bourgeoisies européennes trouvent leur expression au sein même de l'Union européenne
L'idée d'un développement harmonieux et synchrone des économies de la Grèce, de l'Italie et de l'Allemagne est depuis longtemps à ranger au rayon des accessoires, demandez simplement à M Tsipras ce qu'il en pense, vous le trouverez à genoux et faisant semblant de diriger un pays affamé.
M Trump est donc partisan d'accords bilatéraux avec chacun des 'acteurs' européens, jouant les uns contre les autres, utilisant l'Angleterre ou l'Espagne et concentrant ses coups contre l'Allemagne et la France
Quant à la Russie, M Poutine sera ravi de rendre à l'Europe la monnaie de sa pièce, mais surtout le projet de Trump n'a rien d'amical et prépare d'immenses bouleversements
Non seulement la pression militaire sur la Russie, comme sur la Chine sera maintenue et accentuée, mais surtout il va exiger de la Russie comme de la Chine l'ouverture totale de leurs marchés aux capitaux et aux entreprises américaines et pousser jusqu'à leurs ultimes conséquences la restauration du capital dans ces pays
Nul doute que dans cet objectif, il trouvera des appuis solides au sein même des fractions les plus corrompues des oligarques russes ou des bureaucrates chinois

Bien entendu, ces bandits voudront se payer sur la bête et se trouverons dans l'obligation de reporter sur des millions d'hommes et de femmes le poids de leur crise
Dans leur agonie, ils tenteront à coups de réformes de frapper encore la classe ouvrière et la jeunesse, de s'attaquer plus encore aux salaires, aux retraites, aux régimes de protection sociale
Il le feront alors qu'ils sont tous rejetés et honnis par leurs peuples, ils le feront dans une situation de dislocation de toutes leurs institutions et représentations politiques
Ils le feront dans une situation où la lutte de classes peut surgir à tout moment sous une forme qui menace leur domination même
Comme le disait Trotsy en 1926, révolution et contre révolution sont à l'ordre du jour en Europe et dans le monde
Nul n'en connaît l'issue, sinon que le malheur s'abattra sur les vaincus


dimanche 15 janvier 2017

L'ombre des choses et la lumière des mots

L'ombre des choses et la lumière des mots

Toute littérature,même lorsque son objet en semble éloigné,recèle un rapport intime avec le désir;il y a une poétique des corps comme il y a une réalité charnelle et charmeuse dans la magie des mots.
Le langage poétique est toujours une entreprise de séduction, l'intimité de l'être s'expose dans ses plus beaux habits, les mots s'assemblent comme les perles d'un collier, l'or ,l'ivoire et la soie dans leur éclat et leur chatoiement et le nacre des dents,un même écrin pour les mots et les baisers
Celui qui parle, celui qui écrit, les mots que l'on cherche et les paroles que l'on trouve, c'est toujours un voyage,celui d'une flèche lancée pour percer les cœurs,s'immiscer dans les rêves ou prendre pied sur le sable mouillé qui borde l'océan de nos pensées.
Homère ,qui est le père de toute littérature, qui a tissé la trame de toutes les tragédies, Homère ,l'inspirateur de tous les poètes,avait toujours des mots tendres pour la chair.
Dans la mêlée furieuse, au milieu du fracas des belles armes, avant que le corps des guerriers ne tombe lourdement dans la poussière, quelques mots et parfois de longues phrases où s'exprime la pitié pour la chair , si fragile et si belle sous les lourdes armes de bronze.
Toute chair doit être sublimée, rien n'est jamais possédé vraiment,s'il ne l'est aussi dans nos rêves, si le secret de sa gloire et de sa beauté ne nous sont révélés par la poésie qui est en nous avant d'être dans les livres
Que serait l'amour sans Roméo et Juliette, quel sens auraient nos vies sans le triste héros de Cervantès et comme toute quête paraît misérable à coté de la sienne ,pourtant sans espoir.
« Ce sera la fin de toute chair « disent les Écritures et pourtant par les mots elle atteint l'éternité et le sublime.
Tout ce qui est digne d'être vécu est aussi digne d'être écrit, le point du jour et l'aube qui se lève sont le linceul de nos rêves, c'est de la poussière éparse de nos rêves perdus à jamais que nous faisons cette pluie d'or qui danse devant nos yeux ,dans la lumière du soleil.
Que les Dieux nous prêtent vie ,mais surtout que cette vie soit belle,qu'elle soit frangée de pourpre,rougissante comme une jeune mariée ou fardée comme une catin,mais que chaque jour soit un lambeau d’éternité
Léon Belhassen

dimanche 8 janvier 2017

Gatsby le magnifique et son double monstrueux

Gatsby le magnifique et son double monstrueux




The great Gatsby, c'est d'abord un roman écrit en 1925 par Scott Fitzegerald, un peu plus d'une centaine de pages si je m'en souviens.
Un roman , qui comme tous les grands romans , à sa propre musique, une musique douce et triste qui vous laisse un sentiment de mélancolie.
Un beau roman, magnifiquement écrit, avec une infinie délicatesse dans la peinture des sentiments et un portrait attachant, celui de ce Gatsby assez fou pour avoir cru à ses rêves. D'autres portraits, celui de cette Daisy, indigne objet d'un amour impossible, meurtrière par négligence et désinvolture, l'insoutenable légèreté de l'être, au sens le plus littéral du terme
Il y a une histoire d'amour entre le cinéma et la littérature et des tentatives glorieuses et d'autres un peu moins pour incarner les héros de Shakespeare, d'Hugo, ou de Fitzgerald.
Il y a ce film de Jack Clayton, réalisé en 1974, Robert Redford et Mia Farow qui parviennent à faire vivre jusque dans la moindre de leurs expressions l'esprit de ce roman, un grand moment de cinéma qui vous donne l'envie de vous replonger dans le roman.
Mais il y a aussi les barbares et les truands, si au moins ceux là pouvaient rester chez eux, dans leur monde, plein de stridences et de couleurs criardes, où nulle poésie ne pourrait survivre.
Cela est bien connu, les barbares ont des  rêves d'invasions et de ruines fumantes, alors ils viennent fureter autour de nos grands auteurs, avec la rage et la haine de trouver quelque chose de trop grand  pour eux, quelque chose qui les dépasse.
Alors, ils s'emparent de Roméo et Juliette ou des Misérables, sous les applaudissements et les vivas de tous ceux qui voudraient que nos enfants ne connaissent plus les grandes oeuvres que réduites à un pauvre état d'opéra rock ou de comédie musicale.
Ces chacals, ces tueurs de mémoire se sont emparés  de Gatsby et ce pauvre Di Caprio, qui n'a pas toujours la chance de croiser Martin Scorcese,  a été recruté pour cette mascarade.
Rien n'y manque, le hip hop, la pyrotechnie, tout un bazar clinquant et saturé de bruit jusqu'à la nausée.
Tout y est, mais jeté en vrac, il n'y manque que l'esprit, que les quelques minutes de repos permettant la contemplation, que la beauté des textes
C'est curieux comme ces gens sont incapables de faire vivre la moindre émotion, comme si leur pauvre tête remplie de poudre blanche et d'un vide sidéral était incapable d'écouter la musique du monde.
Sourds et aveugles sont ces brutes virevoltantes et colorées s'écrasant comme des bouses multicolores  dans l'océan de néant qui les attend.
Restons sereins et tranquilles, ces gens ne sont rien, pas même les ténèbres ou une menace, juste le reflet du vide dans un miroir

Jacques Belhassen

Quelques extraits du roman de Fitzgerald


Il a dû sentir qu'il venait de perdre à jamais son ancien monde de lumière, que c'était le prix à payer pour avoir trop longtemps vécu prisonnier d'un seul rêve. Il a dû s'étonner d'apercevoir, entre les feuillages devenus hostiles, un ciel qu'il n'avait jamais vu; trembler de découvrir à quel point la rose était un objet grotesque, à quel point le soleil criard écrasait les jeunes pousses de gazon. Un monde nouveau, concret et pourtant irréel, où de mornes fantômes, ne pouvant respirer qu'à travers leurs songes, dérivaient au hasard - tel ce personnage surnaturel, au visage de cendres, qui glissait vers lui parmi les troncs informes.

Quand je m’avançai pour prendre congé je m’aperçus que le visage de Gatsby avait repris son expression d’ahurissement comme si un doute vague se levait en lui sur la qualité de son bonheur actuel. Presque cinq ans ! Il devait y avoir eu des instants, même en cet après-midi, où Daisy ne s’était pas montrée à la hauteur de ses rêves – non pas par sa faute, mais à cause de la colossale vitalité des illusions de Gatsby. Elle l’avait dépassée, elle avait tout dépassé. Il s’était jeté en elle avec la passion d’un créateur, l’accroissant sans répit, l’ornant de toutes les plumes brillantes qui lui tombaient sous la main. Rien n’est comparable au volume de feu ou de fraîcheur que l’homme peut emmagasiner dans son cœur spectral.

Le visage clair de Daisy se levait lentement vers lui, et il sentait son coeur battre de plus en plus vite. Il savait qu'au moment où il embrasserait cette jeune fille, au moment où ses rêves sublimes épouseraient ce souffle fragile, son esprit perdrait à jamais l'agilité miraculeuse de l'esprit de Dieu. Il avait alors attendu, écouté encore un moment la vibration du diapason qui venait de heurter une étoile, puis il l'avait embrassé, et à l'instant précis où ses lèvres touchaient les siennes, il avait senti qu'elle s'épanouissait comme une fleur à son contact, et l'incarnation s'était achevée.

Les 2 adaptations de Gatsby, trouvez l'erreur



mercredi 4 janvier 2017

«J'ai vu les cendres Hiroshima, la ville escamotée par la bombe atomique» Leur fin à eux tient de la magie. En une seconde, ils sont passés du règne animal au minéral.


Documents d' Histoire
Les bombardements atomiques d' Hiroshima et de Nagasaki
Présentation
Le 6 et 9 Août 1945, les villes japonaises Hiroshima et Nagasaki subissent les premiers bombardements atomiques de l'Histoire.
Nous avons rassemblé dans ce dossier documentaire des témoignages sur ces bombardements et l'ampleur des destructions de vies humaines qu'ils ont provoquées.
Nous avons joint à ce dossier des témoignages et des points de vue d' historiens, en particulier sur les raisons pour lesquelles les États-Unis ont pris la décision de procéder à ces frappes atomiques contre des populations civiles.
S'agissait-il de contraindre le Japon à capituler, d'épargner la vie de centaines de milliers de soldats américains qui auraient été sacrifiés dans un assaut terrestre contre les villes japonaises ?
Une autre hypothèse est avancée, celle de la volonté des États-Unis d'affirmer leur suprématie militaire et d'adresser un avertissement à l'URSS. Selon cette hypothèse,le bombardement d' Hiroshima et Nagasaki serait le premier acte de la Guerre froide et de la confrontation entre les 2 grandes puissances victorieuses.
Les 2 explications ne sont pas contradictoires et peuvent être exposées sans être mises en concurrence, elles sont les 2 facettes d'une réalité historique complexe qui intègre bien d'autres éléments.
Pour conclure ce dossier,nous y avons joint l'article qu'Albert Camus a publié le 8 Août 1945 dans le journal Combat.
Un article qui se termine par cet avertissement, «  Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. »
Document 1

«J'ai vu les cendres Hiroshima, la ville escamotée par la bombe atomique»

Vue de l'avion, ce qu'on appelle l'aire atomique, et qui constitue un cercle de plus de trois kilomètres de rayon, ressemble à une énorme tache de pelade. A l'exception de quelques rares bâtiments, tout a été anéanti, réduit en cendres ou en poussière. La terre est comme scalpée. Hiroshima a été littéralement escamoté par la bombe atomique.
Le champignon atomique au dessus de la ville d'Hiroshima le 6 août 1945.
En même temps que leur ville, soixante mille habitants ont été volatilisés au moment de l'explosion de la bombe. Dans les semaines qui ont suivi, soixante mille autres sont morts, soit de leurs blessures, soit par l'effet des radiations atomiques. Une seule bombe et 120.000 humains* sont rayés du monde des vivants. A-t-on le droit de presser sur un bouton pour qu'il y ait cent mille âmes de moins à l'autre bout du monde? demandait Pascal. II a la réponse aujourd'hui.

Ici fut une ville

Je commence à être un connaisseur en ruines pour n'en avoir que trop vu. Je peux dire si une ville a été démolie au canon, à la bombe explosive ou à la bombe incendiaire. Les villes, elles aussi, quand elles sont mortes de mort violente, ont un cadavre qui est éloquent. Il retrace les circonstances de leur trépas. Celui Hiroshima ne dit rien. Et c'est peut- être, à première vue, la moins émouvante de toutes ces affreuses carcasses que la guerre a à son tableau.
Pour s'émouvoir sur les ruines d'une cité, il faut pouvoir retrouver l'image de ce qu'elle était, florissante. Même lorsqu'il ne reste que des collines de pierres, comme c'est souvent le cas sur les bords du Rhin, l'esprit rebâtit le paysage disparu. On revoit le boulevard planté d'arbres, la cathédrale et son parvis, la grand ‘rue et ses magasins. A travers l'absurde chaos que l'on a sous les yeux, on devine ce qui fut la raison et que la guerre a assassiné. Ici, on ne retrouve rien. Les villes japonaises, à cause de la fragilité de leurs constructions, ne laissent qu'un minimum de décombres. Mais quand elles sont soufflées par la bombe atomique, il n'en reste qu'un résidu infime.
II semble que les maisons aient été aspirées vers les entrailles de la terre
Ce qui fut le centre de Hiroshima, ce n'est plus aujourd'hui que le tracé d'une ville, un plan à l'échelle zéro, où les rues et les jardins sont indiqués par une autre couleur que les maisons. Voilà l'impression que reçoit le visiteur quand il arrive dans le centre de Hiroshima. II semble que les maisons aient été aspirées vers les entrailles de la terre. Tout ce qui est friable, la brique, les tuiles, le bois, voire le béton, a été réduit en poussière. En contemplant ces lieux désolés, je pensais au Jardin des Philosophes, de Kyoto, que j'avais visité la veille, et dont les Japonais sont si fiers. Mais celui-ci est autrement propice à la méditation. On y rencontre la notion du néant absolu.
Un homme parcourt les ruines d'Hiroshima en cendres.
Quand on se promène sur ce rivage maudit, planté de squelettes d'arbres et coupé de bras de mer encombré de vestiges de ponts, on découvre les traces d'une vie récente et qui pourtant n'a plus d'âge. Voici, par exemple un gros caillou brillant qui pourrait être un morceau de roche. Si vous y regardez de plus près, c'est un vase en verre de couleur dont les parois se sont soudées brusquement. Mais il y a d'autres témoignages: des ferrailles où se reconnaît encore la main de l'homme. Les plus communs sont des ustensiles de cuisine, qui ont été laminés, et des bicyclettes. Celles-ci se sont convulsées sous le cataclysme et chacune de leur roue est un chrysanthème en fil de fer.
Tout est pire que détruit: tout est éteint, et pourtant sur ce sol d'où il semble que la sève se soit retirée, quelques humains s'obstinent à vivre. Ici, un peu de fumée s'échappe d'une cabane en planches, là du linge sèche sur une corde, voici des enfants qui jouent parmi les cendres. On se demande pourquoi la guerre se donne tant de mal puisque la vie est indestructible.

Le «Soleil de la Mort»

Lorsque l'avion revint un peu plus tard sur les lieux pour noter les résultats, l'équipage n'en croyait pas ses yeux, m'a dit un expert américain rencontré à Hiroshima. Ce qui, un moment plus tôt, était une surface bâtie était devenu un désert.
La surprise de l'équipage se comprend d'autant mieux qu'il ignorait la mission qu'il venait accomplir. Seuls trois de ses membres étaient dans le secret: le pilote, un officier de marine qui avait participé à la fabrication de l'engin, et le bombardier, l'homme-qui-a-pressé-sur-le-bouton. Quant aux autres, ils savaient seulement qu'ils venaient accomplir un bombardement d'une nature particulière pour lequel on les avait munis de lunettes noires très épaisses.
L'équipage de l'avion SuperFortress B-29 Enola Gay après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima. Le pilote le colonel Paul W. Tibbets est au centre.
Une lumière aveuglante accompagne, en effet, l'explosion de la bombe, laquelle est parachutée de façon à ce que l'avion ait le temps de sortir de la zone d'atomisation. L'explosion se produit à environ cent mètres du sol. Le cataclysme se déroule ensuite avec une rapidité effrayante. Il se forme d'abord ce que les techniciens ont appelé le «globe de fusion» et que les Japonais nomment le «Soleil de la Mort». C'est une masse incandescente qui a environ cinq cents mètres de diamètre et dont la température est de 2.000.000 de degrés. Tout ce qui est vivant dans un certain périmètre est instantanément carbonisé. C'est comme si l'on portait un fer rouge dans une fourmilière.
Cette formidable élévation de température dans un endroit donné provoque un phénomène atmosphérique dont le mécanisme est le même que celui des moussons, mais infiniment plus violent. L'air environnant reçoit un «choc de mouvement» (is shocked in to motion), c'est-à-dire qu'il est précipité vers les régions plus froides à une vitesse de 1.500 km. à l'heure, alors que les plus forts ouragans ne dépassent pas 500 à l'heure. Dans l'espace atomique, tout est soufflé par cette tornade. En dehors, soit à plus de trois kilomètres de son point de départ, elle produit encore des dégâts considérables.
Ce n'est pas tout. Il y a encore un troisième effet qui est la radiation atomique contre laquelle on ne saurait être protégé par un mur en pierre d'un pied d'épaisseur. Les troubles qu'elle provoque dans l'organisme sont encore mal connus. Ce qu'on sait, c'est qu'elle affecte le système sanguin et détruit les globules blancs. Le sang ne coagule plus et les victimes présentent des symptômes d'hémophilie. Des habitants Hiroshima qui n'avaient reçu aucune brûlure, aucune contusion, sont morts par centaines dans le mois qui a suivi l'explosion,




À Nagasaki

Leur fin à eux tient de la magie. En une seconde, ils sont passés du règne animal au minéral.
Nagasaki offre le même spectacle que Hiroshima, avec cette différence que la bombe est allée tomber en bordure de la ville et n'a ainsi détruit en totalité qu'un faubourg extérieur. Aussi le chiffre des morts a-t-il été beaucoup moins élevé. On en compte seulement quarante mille. Ici aussi, on a enregistré quelque deux mille disparus. Ce sont les gens qui, au lendemain de la bombe, ne figuraient ni parmi les morts ni parmi les vivants. Leur fin à eux tient de la magie. En une seconde, ils sont passés du règne animal au minéral.
On voudrait savoir des survivants l'effet qu'a produit sur eux cette féerie mortelle et comment elle se déroule. Mais ce qui a dominé chez eux, c'est un sentiment de panique qui a oblitéré sur le moment toutes leurs autres facultés. Il faut être à l'affût d'un spectacle pour le bien enregistrer, sans quoi c'est l'impression de surprise qui prime tout. A plus forte raison quand à s'agit d'une boule de feu descendue sur la terre. On ne peut tirer des témoins qu'une phrase, toujours la même: «On aurait dit comme un soleil aveuglant.»
.
Un petit garçon dans les ruines de Nagasaki après l'explosion de la bombe atomique le 9 août 1945.
Le P. Monfrette, infatigable et souriant, enseigne l'amour du prochain aux enfants catholiques de l'endroit, petites figures jaunes auxquelles la misère, et parfois des traces de brûlures, donnent un air vieillot et cruel.
«Ce sont des âmes comme les autres», dit-il en tapotant ces crânes noirs.
Des âmes comme les autres, et aussi des enfants comme il y en a tant d'autres de par le monde. Toute une jeunesse qui grandit parmi les ruines et qui respire un air écœurant de vieux charnier. Ils ont partout les mêmes loques, le même visage souffreteux et un peu fourbe, parce qu'après avoir rusé avec la mort, il leur faut maintenant ruser avec la misère. La seule notion de vie sociale qu'ils aient déjà, c'est qu'il faut tendre la main à l'étranger en lui montrant ses plaies, si on a la chance d'en avoir. Le toit d'une prison sera peut-être un jour le premier cadeau que leur fera la civilisation.
Par James de Coquet.
Article paru dans Le Figaro du 18 janvier 1946 (extraits)


Document 2


Même sans les bombardements atomiques,la suprématie aérienne sur le Japon aurait été suffisante pour les amener à une reddition sans conditions et évité le recours à une invasion. Basé sur une enquête minutieuse de tous les éléments, et confirmé par les témoignages des dirigeants japonais impliqués encore en vie, nous pensons que… le Japon aurait capitulé même si les bombes n’avaient pas été larguées, même si les Russes n’étaient pas entrés en guerre contre le Japon et même si aucun plan d’invasion n’avait été prévu ou envisagé.
Source : United States Strategic Bombing Survey 1946
Document 3
Le 7 mai 1945, lorsque le maréchal Jodl signa l’acte de capitulation de l’Allemagne nazie, son allié, le Japon impérial, n’était déjà plus que l’ombre de lui-même : son arme d’élite d’autrefois, l’aviation, ne comprenait plus qu’un petit nombre d’adolescents désespérés mais prodigieusement courageux, et dont la plupart étaient assignés à des missions kamikazes ; il ne restait pratiquement plus rien de la marine marchande et de la marine de guerre. Les défenses antiaériennes s’étaient effondrées : entre le 9 mars et le 15 juin, les bombardiers B-29 américains avaient effectué plus de sept mille sorties en subissant seulement des pertes minimes.
Le 10 mars précédent, plus de cent vingt-cinq mille personnes avaient été tuées ou blessées lors d’un bombardement sur Tokyo. Un événement, seulement dépassé dans l’horreur par les trois raids des aviations anglo-canadienne et américaine sur Dresde, dans la nuit du 13 au 14 février 1945. Pour le patron de l’US Air Force, le général Curtis Le May, il s’agissait de « ramener le Japon à l’âge de pierre », métaphore qu’il répéterait sans cesse les années suivantes pour décrire la liquidation physique de dizaines de milliers de Coréens par ses chefs d’escadrilles.

Source:Le monde diplomatique
Document 4
L'horreur atomique
"Au moment de l'explosion, l'énergie a été libérée sous forme de lumière, de chaleur, de radiations et de pression. La bande entière des radiations, depuis les rayons X et gamma, les ultraviolets et les rayons visibles, jusqu'à la chaleur rayonnante des infrarouges, se propagea à la vitesse de la lumière. Une onde de choc, créée par l'énorme pression, se forma presque instantanément autour du point d'explosion mais se déplaça plus lentement, approximativement à la vitesse du son [environ 300 m/s]. Les gaz surchauffés qui constituaient la boule de feu primitive s'étendirent et montèrent plus lentement encore. (...) L'éclair ne dura qu'une fraction de seconde, mais son intensité fut telle qu'il causa des brûlures du troisième degré sur la peau humaine non protégée dans un rayon d'un kilomètre et demi. (...) Dans le voisinage immédiat du point zéro [point du sol se trouvant exactement au-dessous de l'explosion], la chaleur carbonisa les cadavres et les rendit méconnaissables."
Rapport de l'État-Major américain, sans date, à propos d'une des deux explosions nucléaires
.source:Histoire Terminale Nathan 1998
Document 5
« CE QUE J'ÉCRIS EST UN AVERTISSEMENT AU MONDE ENTIER ».
Les docteurs s'effondrent en plein travail. Risques de gaz mortels ; tous portent des masques. (De notre envoyé spécial Burchett).
A Hiroshima, trente jours après la première bombe atomique qui détruisit la ville et fit trembler le monde, des gens, qui n'avaient pas été atteints pendant le cataclysme, sont encore aujourd'hui en train de mourir, mystérieusement, horriblement, d'un mal inconnu pour lequel je n'ai pas d'autre nom que celui de peste atomique. Hiroshima ne ressemble pas à une cité bombardée. Elle fait penser à une ville sur laquelle serait passé un monstrueux rouleau compresseur, qui l'aurait broyée, anéantie à jamais (...).
Dans ces hôpitaux, j'ai découvert des gens qui, tout en n'ayant reçu aucune blessure au moment de l'explosion, sont pourtant en train de mourir de ses mystérieux effets.
Sans raison apparente, leur santé vacille. Ils perdent l'appétit. Leurs cheveux tombent. Des taches bleuâtres apparaissent sur leurs corps. Et puis ils se mettent à saigner, des oreilles, du nez, de la bouche. Au début, les docteurs attribuèrent ces symptômes à une faiblesse généralisée. Ils administrèrent à leurs patients des injections de vitamine A. Les résultats furent horribles. La chair se mit à pourrir autour du trou fait par l'aiguille de la seringue. Et, chaque fois, cela se termina par la mort de la victime. C'est là un des effets différés de la première bombe atomique lancée par des hommes et ce que j'ai vu m'a suffi (...).
On a dénombré 53.000 morts. 30.000 autres personnes sont portées disparues, ce qui signifie qu'elles ont succombé sans aucun doute possible. Pendant la journée que j'ai passée à Hiroshima, 100 personnes sont mortes des effets de la bombe : elles faisaient partie des 13'000 blessés graves de l'explosion. Depuis, elles meurent, à la cadence de 100 par jour. Et, vraisemblablement, toutes sont condamnées. Il y en a encore 40'000 autres qui ont été légèrement blessées (...)."
source :W. Burchett, Daily Express, 5 septembre 1945. Traduction : Révolution, 2 août 1985.
Document 6
La réaction de Camus au bombardement Hiroshima
« Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes, que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase: la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.
En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.
Ces découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable.
Déjà, on ne respirait pas facilement dans ce monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.
(...)
Au reste, il est d'autres raisons d'accueillir avec réserve le roman d'anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l'Agence Reuter annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam, remarquer qu'il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.
Qu'on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction Hiroshima et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l'intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.
Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. »

source :Albert Camus, éditorial de « Combat », 8 août 1945

jeudi 29 décembre 2016

Syrie: une libanisation fabriquée; Un document pour comprendre Compte-rendu d'une mission d'évaluation auprès des bélligérants

Syrie: une libanisation fabriquée; Un document pour comprendre

Compte-rendu d'une mission d'évaluation auprès des bélligérants

Présentation

L'intérêt de ce document est multiple, il est un outil précieux pour tous ceux qui cherchent à comprendre les origines de la crise syrienne.
En premier lieu, il date de Janvier 2012, ce qui peut sembler diminuer sa portée, mais présent l'avantage infini de se concentrer sur les premiers mois de cette guerre et ainsi nous appoprter des informations précieuses sur les causes premières de cette tragédie qui entre dans sa sixième année.
Le second point est qu'il est rédigé par une commission d'enquête indépendante qui a pu se rendre en Syrie et rencontrer l'ensemble des parties en présence.
Le dernier point, qui me semble capital, est  que tous les points de vue exprimés par les différents acteurs sont restitués sans coupure ni altération et ainsi de nous laisser notre liberté de jugement, ce qui est un principe rarement respecté dans la quasi totalité des articles parus sur ce sujet



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Syrie: une libanisation fabriquée. Un document pour comprendre. Compte-rendu d’une mission d’évaluation auprès des bélligérants

Paris,Janvier 2012

mercredi 28 décembre 2016

Après le vote de l'ONU et le discours de John Kerry



Après le vote de l'ONU et le discours de John Kerry

C'est la première fois que les choses sont dites avec une telle franchise et une telle brutalité; la première fois aussi que la perspective d'un seul État est évoquée publiquement
Un État qui sera juif OU démocratique, mais qui ne pourra pas être les 2
Ce discours marque une rupture fondamentale et pose une alternative qui n'avait jamais été posée publiquement
Ce discours apporte aussi un éclairage nouveau sur le sens du vote de la résolution de l'ONU et sur l’inquiétude qui a suscité cette résolution
La poursuite de la colonisation a crée de fait un territoire unique, avec 2 populations ayant un statut différent, elle a ruiné toute possibilité de la solution à 2 États et place Israël devant une alternative impossible
Le maintien de la population palestinienne sous un régime d'occupation militaire, avec un coût humain, militaire et financier qui a terme menacerait son existence et l'obligerait à prendre la forme ouverte d'un état policier.
L'autre solution, tout aussi impossible, est celle de l'expulsion massive des 600 000 colons et la restitution d'au moins une grande partie des territoires conquis en 1967.
Aucun gouvernement et surtout pas celui de M Netanyahou, n'est en mesure d'imposer un départ forcé à des colons soutenus par la partie la plus fanatisée de la population juive, une telle expulsion ne pourrait se faire que par un recours à la force et aux armes qui ferait voler en éclats l'unité jusqu'à lors maintenue de la population juive
La dernière solution, la seule qui soit écartée à la fois par le vote de l'ONU et par Obama et Trump, est celle qui mettrait fin à la partition maintenue depuis le premier vote de l'ONU de 1947, celle de la création d'un État unifié, garantissant à tous des droits égaux, un État laïque et démocratique qui offrirait enfin la paix à tous , musulmans, juifs ou chrétiens

Il est probable que ce ne sera pas la voie choisie par les uns et les autres, pourtant une certitude se fait jour, personne en Palestine n'est prêt à se soulever pour un nouveau plan de partage, voué comme les précédents à l'échec et la population juive d’Israël doit mesurer le prix qu'elle aurait à payer pour le maintien de l'occupation ou son extension, dans une situation ou le budget de défense et le soutien aux colonies absorbe déjà la plus grande partie des ressources au détriment des besoins vitaux de la population
Nous verrons bien comment les choses vont évoluer, tout est possible, même le pire, mais la question de la démocratie, de l'égalité des droits, d'un avenir commun est aujourd'hui ouvertement et publiquement posée, la meilleure solution pour tous serait qu'elle fasse l'objet d'un débat pacifique et qu'elle aide à écarter tout recours à la violence, d'où qu'il vienne