mardi 14 février 2017

L'Homme et la Couleuvre Jean de la Fontaine. La fable et sa récitation par Fabrice Luchini



L'Homme et la Couleuvre

Jean de la Fontaine


La fable et sa récitation par Fabrice Luchini

Un Homme vit une Couleuvre.
Ah ! méchante, dit-il, je m'en vais faire une œuvre
Agréable à tout l'univers.
A ces mots, l'animal pervers
(C'est le serpent que je veux dire
Et non l'homme : on pourrait aisément s'y tromper),
A ces mots, le serpent, se laissant attraper,
Est pris, mis en un sac ; et, ce qui fut le pire,
On résolut sa mort, fût-il coupable ou non.
Afin de le payer toutefois de raison,
L'autre lui fit cette harangue :
Symbole des ingrats, être bon aux méchants,
C'est être sot, meurs donc : ta colère et tes dents
Ne me nuiront jamais. Le Serpent, en sa langue,
Reprit du mieux qu'il put : S'il fallait condamner
Tous les ingrats qui sont au monde,
A qui pourrait-on pardonner ?
Toi-même tu te fais ton procès. Je me fonde
Sur tes propres leçons ; jette les yeux sur toi.
Mes jours sont en tes mains, tranche-les : ta justice,
C'est ton utilité, ton plaisir, ton caprice ;
Selon ces lois, condamne-moi ;
Mais trouve bon qu'avec franchise
En mourant au moins je te dise
Que le symbole des ingrats
Ce n'est point le serpent, c'est l'homme. Ces paroles
Firent arrêter l'autre ; il recula d'un pas.
Enfin il repartit : Tes raisons sont frivoles :
Je pourrais décider, car ce droit m'appartient ;
Mais rapportons-nous-en. - Soit fait, dit le reptile.
Une Vache était là, l'on l'appelle, elle vient ;
Le cas est proposé ; c'était chose facile :
Fallait-il pour cela, dit-elle, m'appeler ?
La Couleuvre a raison ; pourquoi dissimuler ?
Je nourris celui-ci depuis longues années ;
Il n'a sans mes bienfaits passé nulles journées ;
Tout n'est que pour lui seul ; mon lait et mes enfants
Le font à la maison revenir les mains pleines ;
Même j'ai rétabli sa santé, que les ans
Avaient altérée, et mes peines
Ont pour but son plaisir ainsi que son besoin.
Enfin me voilà vieille ; il me laisse en un coin
Sans herbe ; s'il voulait encor me laisser paître !
Mais je suis attachée ; et si j'eusse eu pour maître
Un serpent, eût-il su jamais pousser si loin
L'ingratitude ? Adieu, j'ai dit ce que je pense. » 
L'homme, tout étonné d'une telle sentence,
Dit au Serpent : Faut-il croire ce qu'elle dit ?
C'est une radoteuse ; elle a perdu l'esprit.
Croyons ce Boeuf. - Croyons, dit la rampante bête.
Ainsi dit, ainsi fait. Le Boeuf vient à pas lents.
Quand il eut ruminé tout le cas en sa tête,
Il dit que du labeur des ans
Pour nous seuls il portait les soins les plus pesants,
Parcourant sans cesser ce long cercle de peines
Qui, revenant sur soi, ramenait dans nos plaines
Ce que Cérès nous donne, et vend aux animaux ;
Que cette suite de travaux
Pour récompense avait, de tous tant que nous sommes,
Force coups, peu de gré ; puis, quand il était vieux,
On croyait l'honorer chaque fois que les hommes
Achetaient de son sang l'indulgence des Dieux.
Ainsi parla le Boeuf. L'Homme dit : Faisons taire
Cet ennuyeux déclamateur ;
Il cherche de grands mots, et vient ici se faire,
Au lieu d'arbitre, accusateur.
Je le récuse aussi. L'arbre étant pris pour juge,
Ce fut bien pis encore. Il servait de refuge
Contre le chaud, la pluie, et la fureur des vents ;
Pour nous seuls il ornait les jardins et les champs.
L'ombrage n'était pas le seul bien qu'il sût faire ;
Il courbait sous les fruits ; cependant pour salaire
Un rustre l'abattait, c'était là son loyer,
Quoique pendant tout l'an libéral il nous donne
Ou des fleurs au Printemps, ou du fruit en Automne ;
L'ombre l'Eté, l'Hiver les plaisirs du foyer.
Que ne l'émondait-on, sans prendre la cognée ?
De son tempérament il eût encor vécu.
L'Homme trouvant mauvais que l'on l'eût convaincu,
Voulut à toute force avoir cause gagnée.
Je suis bien bon, dit-il, d'écouter ces gens-là.
Du sac et du serpent aussitôt il donna
Contre les murs, tant qu'il tua la bête.
On en use ainsi chez les grands.
La raison les offense ; ils se mettent en tête
Que tout est né pour eux, quadrupèdes, et gens,
Et serpents.
Si quelqu'un desserre les dents,
C'est un sot. - J'en conviens. Mais que faut-il donc faire ?
- Parler de loin, ou bien se taire.
source: webnet

Léon Trotsky LA FAMILLE, LA JEUNESSE, LA CULTURE THERMIDOR AU FOYER

Léon Trotsky

LA FAMILLE, LA JEUNESSE, LA CULTURE

THERMIDOR AU FOYER

La révolution d'Octobre a tenu honnêtement parole en ce qui concerne la femme. Le nouveau pouvoir ne s'est pas contenté de donner à la femme les mêmes droits juridiques et politiques qu'à l'homme, il a fait — et c'est beaucoup plus — tout ce qu'il pouvait et en tout cas infiniment plus que tout autre régime pour lui ouvrir réellement l'accès à tous les domaines économiques et culturels. Mais, pas plus que le "tout-puissant" Parlement britannique, la plus puissante révolution ne peut faire de la femme un être identique à l'homme ou, pour mieux dire, partager également entre elle et son compagnon les charges de la grossesse, de l'enfantement, de l'allaitement et de l'éducation des enfants. La révolution a tenté héroïquement de détruire l'ancien "foyer familial" croupissant, institution archaïque, routinière, étouffante, dans laquelle la femme des classes laborieuses est vouée aux travaux forcés, de l'enfance jusqu'à la mort. A la famille, considérée comme une petite entreprise fermée, devait se substituer, dans l'esprit des révolutionnaires, un système achevé de services sociaux: maternités, crèches, jardins d'enfants, restaurants, blanchisseries, dispensaires, hôpitaux, sanatoriums,  organisations sportives, cinémas, théâtres, etc. L'absorption complète des fonctions économiques de la famille par la société socialiste, liant toute une génération par la solidarité et l'assistance mutuelle, devait apporter à la femme, et dès lors au couple, une véritable émancipation du joug séculaire. Tant que cette oeuvre n'aura pas été accomplie, quarante millions de familles soviétiques demeureront, dans leur grande majorité, en proie aux moeurs médiévales, à l'asservissement et à l'hystérie de la femme, aux humiliations quotidiennes de l'enfant, aux superstitions de l'une et de l'autre. A ce sujet, aucune illusion n'est permise. Et c'est précisément pourquoi les modifications successives du statut de la famille en U.R.S.S. sont celles qui caractérisent le mieux la nature véritable de la société soviétique et l'évolution de ses couches dirigeantes.
On n'avait pas réussi à prendre d'assaut l'ancienne famille. Ce n'était pas faute de bonne volonté. Ce n'était pas non plus qu'elle eût une si ferme assise dans les coeurs. Au contraire, après une courte période de défiance envers l'Etat, ses crèches, ses jardins d'enfants, ses divers établissements, les ouvrières et après elles les paysannes les plus avancées apprécièrent les immenses avantages de l'éducation collective et de la socialisation de l'économie familiale. Par malheur, la société se révéla trop pauvre et trop peu civilisée. Les ressources réelles de l'Etat ne correspondaient pas aux plans et aux intentions du parti communiste. La famille ne peut pas être abolie: il faut la remplacer. L'émancipation véritable de la femme est impossible sur le terrain de la "misère socialisée". L'expérience confirma bientôt cette dure vérité formulée par Marx quatre-vingt ans auparavant.

La suite se trouve ici

mardi 7 février 2017

Usual suspects, bien plus qu'un film

Usual suspects, bien plus qu'un film



Il y a des expressions galvaudées, comme celles de ' film culte', qui parfois peuvent prendre tout leur sens
Je n'avais pas vu le film au moment de sa sortie et j'en ai entendu parler pour la première fois par les élèves du lycée du 93 où je venais d'être nommé. Un nom revenait de façon quasi obsessionnelle dans tous les propos et ils le prononçaient avec l'extase que l'on éprouve devant le sacré, Keyser Söze
Il y avait dans leur propos une sorte de jubilation enfantine et de plaisir à répéter ce nom dont la puissance d'évocation me surprenait et aussi une crainte respectueuse, comme celle que l'on ressent à l'écoute des contes terrifiants de notre enfance.
USUAL SUSPECTS fut d'abord pour moi la révélation de ce mystère, celui d'un personnage qui comme Teddy Kruger avait fasciné une génération entière et quelques unes des suivantes
Le film est d'une densité extraordinaire, un film violent et sombre, plein de mystères et d'énigmes dont la résolution alimente des débats passionnés qui se poursuivent encore aujourd'hui.
Un film hanté par un fantôme dont les apparitions ne se laissent jamais voir, sinon dans l'expression de terreur sur le visage de ceux qui lui font face ;
Un homme blessé et mourant, avec dans ses yeux une expression d'épouvante, c'est la première scène où le nom est prononcé, comme on évoquerait le Diable en personne.



Parler de ce film, c'est aussi parler de la formidable performance d'acteur de Kevin Spacey et de tous les autres, la figure complexe, toujours mouvante de tous les personnages, les doutes qui naissent, les certitudes qui s’effacent où vacillent devant un nouveau mystère, parfois simplement suggéré.
Jusqu'au bout, nous ne sauront jamais qui était Keyser Söze, Le coup le plus rusé que le diable ait jamais réussi, ça été de faire croire à tout le monde qu’il n’existait pas..
Reste un film somptueux, de ceux qui vous saisissent et la création d'un mythe, d'un héros de légende , sombre et fascinant dont nul ne connaîtra jamais le visage










Verbal Kint : On sait très peu de choses, peut-être qu’il est turc. D’après certains, sont père était allemand. Mais personne ne croit vraiment qu’il existe, car personne ne l’a jamais vu et jamais personne n’a bossé pour lui directement. A croire ce que Kobayashi disait, n’importe qui peut bosser pour Söze. On est jamais sûr. C’était tout son pouvoir. Le coup le plus rusé que le diable ait jamais réussi, ça été de faire croire à tout le monde qu’il n’existait pas.
Mais il y a une histoire qu’on m’a raconté, une histoire que moi je crois, qui s’est passé quand il était en Turquie. Il y avait une bande de hongrois qui voulaient leur propre organisation. Ils avaient pigé que pour prendre le pouvoir, il y avait pas besoin de flingue, ni de pognon, ni d’être nombreux, il suffit de la volonté d’oser faire ce que les gars d’en face n’oseront pas. Au bout d’un moment, ayant un peu établi leur réseau, ils s’en sont pris à Söze. Lui débutait à l’époque, il trafiquait de la dope à Ankara.
Les hongrois ont débarqué dans sa baraque l’après midi pour lui piquer son territoire. Ils n’ont trouvé que sa femme et ses gosses à la maison, ils ont décidé de l’attendre. En rentrant chez lui, Söze trouve sa femme violée et ses enfants hurlant de peur. Les hongrois savaient que c’était un dur, qu’il fallait pas rigoler avec lui. Ils lui ont montré qu’ils étaient pas là pour plaisanter. Ils lui ont dit qu’ils voulaient son territoire, et tout son business. Söze a regardé lentement les visages des membres de sa famille. Ensuite, il a montré à ces hommes volontaires ce que c’était la véritable volonté. Il leur a dit qu’il préférait voir toute sa famille morte à ses pieds plutôt que de céder à leur chantage. Il a laissé repartir le dernier hongrois.
Il a attendu que sa femme et ses enfants soient enterrés, alors il s’est occupé du reste de la bande. Il a buté leurs mômes, il a buté leurs femmes, il a buté leurs parents et les amis de leurs parents, il a foutu le feu à leurs baraques, et aux magasins où ils bossaient. Il a buté les mecs qui leur devaient du fric. Et là-dessus il s’est envolé…
Image, texte, vidéo etc :    © Metro-Goldwyn-Mayer    Tous droits réservés.
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"Mais qui est Keyser Söze ?"







La vérité sur 'Usual suspects'.

Peu de gens n'ont pas vu 'Usual suspects' (1996), le premier thriller de Bryan Singer. Pour autant, même ceux qui ne l'ont pas vu savent sûrement que ce film rare offre dans ses dernières minutes un retournement éblouissant. Au long du déroulement de l'intrigue, le spectateur est amené à se questionner sur l'identité d'un soi-disant malfrat - Keyser Söze - dont personne ne connaît le visage. Dans les toutes dernières minutes du film, la caméra révélera finalement à un public incrédule que derrière le narrateur invalide - joué par Kevin Spacey - se cache un improbable génie du crime, l'unique Keyser Söze.
Du moins le croit-on.

Dans le film, lorsque le nom de Keyser Söze est mentionné pour la première fois, le personnage invalide joué par Kevin Spacey - Verbal Kint - pose avec insistance la question : "Mais qui est Keyser Söze ?"
A cette question, l'agent Kujan de la police des Douanes souhaiterait répondre "Dean Keaton", le personnage joué par Gabriel Byrne. Pour sa part, Bryan Singer semble vouloir répondre "Verbal Kint", le personnage-même qui pose la question. Et, nous ayant démontré que ce personnage est un menteur et un affabulateur, il clôt son film sur cette affirmation. Le spectateur, trop occupé à se rejouer le film dans la tête, oublie de considérer les faits, faits qui démontrent que 
Verbal Kint n'est PAS Keyser Söze.Keyser Söze n'est pas Verbal Kint.
Plusieurs faits indéniables prouvent que Verbal Kint ne peut pas être Keyser Söze. Avant d'évoquer ces faits, il faut rappeler que le film étant partiellement narré du point de vue de Verbal Kint (Kevin Spacey), il nous faut faire la distinction entre les faits certains et les faits incertains du film. Les faits certains sont ceux qui nous sont directement exposés par le cinéaste sans passer par Kint, les faits incertains sont ceux qui nous parviennent au travers de la narration peu fiable de l'invalide. Par exemple, la scène d'introduction datée de la veille et les scènes d'interrogatoire datées du présent nous parviennent directement et sont donc entièrement fiables. Toutes les autres scènes sont peu fiables. Celles-ci constituent peut-être les trois-quarts du film, mais ce qu'il reste est suffisant pour nous convaincre que Verbal Kint et Keyser Söze sont deux personnes différentes.







Sources

"Mais qui est Keyser Söze ?"

Film culte
"Moi je crois en Dieu et la seule chose dont j'aie peur, c'est Keyser Söze"

Vingt ans après, vous ne savez pas tout sur «Usual suspects»






samedi 4 février 2017

Les massacre de Sand Creek et Wounded Knee Les pages sombres de l'Histoire américaine

Les massacre de Sand Creek et Wounded Knee

Les pages sombres de l'Histoire américaine



L'Histoire de la naissance de la nation américaine contient  bien des pages glorieuses depuis la Déclaration d'Indépendance de 1776, rédigée par Thomas Jefferson
Elle contient aussi bien des pages bien plus sombres, comme le maintien de l'esclavage dans les plantations du Sud, la ségrégation raciale dont furent victimes les descendants, supposée libres, des esclaves.
Les guerres indiennes et leur longue litanie d'expulsions, d' assimilation forcée et de confinement, furent aussi marquées par des massacres nombreux et délibérés
La sauvagerie avec laquelle ils furent accomplis, le meurtre de femmes et d'enfants, jusqu'aux nouveaux nés, témoignent aussi de la vision raciste que portait la civilisation de l'homme blanc sur ceux qu'elle considérait comme des sauvages auxquels ne pouvaient s'appliquer les droits humains proclamés dans la Déclaration d'Indépendance
Les épisodes tragiques rapportés ici sont ceux qui ont marqué la conscience des des descendants de Sitting Bull et Crazy Horse
Que justice soit rendue aux Indiens, mais aussi aux Noirs et aux Latinos, que leurs droits soient reconnus, n'est pas seulement une affaire de justice, c'est la condition de l'émancipation de toute la Nation américaine

Conseil de Camp Weld (28 septembre 1864) Au deuxième rang, à gauche, White Antelope et au milieu Black Kettle. Devant, le major Wynkoop et le capitaine Soule.


Sand Creek (29 novembre 1864)
Dans la nuit, l’éclaireur Jim Beckwourth, complètent ivre, s’avère incapable de conduire les soldats.
 On contraint alors le métis cheyenne Robert Bent à guider les hommes de Chivington vers les siens, vers Sand Creek.
 A l’aube, les soldats installent quatre obusiers autour du village. Impatient d’en découdre, Chivington s’exclame avant l’attaque : « J’ai hâte de patauger dans le sang ! ». Ivres pour la plupart, les soldats venant de trois côtés se jettent sur le camp endormi surmonté de la bannière étoilée.
 Un drapeau blanc a été hissé à côté. Le vieux chef White Antelope qui tente d’arrêter les soldats tombe criblé de balles. Malgré une résistance désespérée des Indiens, les soldats massacrent avec une rare sauvagerie plus de cent soixante Cheyennes, presque tous des vieillards, des femmes et des enfants.
 Le capitaine Soule, qui s’était élevé contre l’attaque projetée, retient ses hommes pendant l’assaut en leur donnant l’ordre de ne pas participer à la tuerie qui se déroule sous leurs yeux impuissants. Les femmes sont violées et éventrées. Les enfants sont découpés à coups de sabre, jetés vivants dans les flammes. Le massacre se poursuit pendant toute la journée. Les soldats achèvent les blessés. Tous sont scalpés et affreusement mutilés. Black Kettle et une trentaine de personnes échappent miraculeusement à la faveur de la nuit. Le lendemain, les hommes de Chivington, qu’on appelle désormais les « Bloody Thirsters », ayant accompli leur œuvre de mort, retournent à Denver. Les soldats ont vingt-cinq tués tombés, pour la plupart, sous le feu désordonné des leurs.
Les vainqueurs défilent triomphalement dans les rues de Denver, brandissant les scalps et d’affreux trophées. Sur la scène de l’Apollo Theater, une centaine de scalps et deux cadavres d’enfants sont présentés à un public délirant d’enthousiasme.


Wounded Knee, récit d'un massacre

Les hommes furent, comme je l'ai déjà dit, séparés des femmes et entourés de soldats. Puis ce fut tout le village indiens que les soldats encerclèrent. Lorsque les tirs commencèrent, ceux qui se trouvaient aux côtés du jeune homme qui lâcha le premier coup de fusil furent évidemment tués tout aussitôt. Puis on retourna les fusils, les canons Hotchkiss, ect...contre les femmes qui se trouvaient dans les tentes, sous un drapeau blanc. Bien entendu, dès qu'on leur tira dessus, tous prirent la fuite, les hommes dans une direction et les femmes dans deux différentes. Il y avait donc, globalement trois directions de fuite. Il y avait une femme avec un bébé dans les bras qui fut tuée alors qu'elle touchait presque le drapeau blanc. Bien entendu, les femmes et les enfants s'égaillaient dans tout le village circulaire jusqu'à ce qu'ils trouvent une issue. Et donc, tout près du drapeau blanc, une mère fut abattue avec son bébé; ne sachant pas que sa mère était morte, l'enfant tétait encore, et c'était un spectacle particulièrement pénible. Des femmes qui fuyaient avec leurs bébés furent tuées elles aussi, à bout portant ; de même pour certaines qui étaient visiblement enceintes. Tous les Indiens prirent la fuite dans ces trois directions.Enfin, après que la plus part d'entre eux eurent été tués, un cri se fit entendre, disant que ceux qui n'avaient été ni tués ni blessé devaient s'avancer, et qu'ils auraient la vie sauve. Les petits garçons qui n'étaient pas bléssés quittèrent leur refuge et, dès qu'ils furent en vue, une foule de soldats les entoura et les massacra sur place.
Wounded Knee d'après American Horse





Le massacre de Wounded Knee a eu lieu aux États-Unis d’Amérique (Dakota du Sud) le 29 décembre 1890. Environ 200 amérindiens de la tribu Lakota Minneconjou des Sioux (dont plusieurs dizaines de femmes et des enfants) ont été tués par l’armée des États-Unis. Le terme de "massacre" a été employé par le Général Nelson A. Miles dans une lettre du 13 mars 1917 au commissaire aux affaires indiennes.
Cinq cents soldats du 7e régiment de cavalerie des États-Unis appuyé par quatre mitrailleuses Hotchkiss ont encerclé un campement d’indien Lakota avec l’ordre de les convoyer en train vers Omaha dans le Nebraska. Le commandant du 7e avait reçu l’ordre de procéder à un désarmement préalable. Il existe différentes versions du massacre mais les historiens s’accordent sur le fait que les tirs ont commencé pendant le désarmement des Indiens. Un coup de fusil a retenti et les Indiens, désarmés et encerclés, ont été mitraillés. Vingt-cinq soldats de la cavalerie ainsi que 153 indiens Sioux ont alors été tués, y compris 62 femmes et enfants. Les cadavres indiens furent enterrés dans une fosse commune sur le lieu du massacre. D’autres Sioux sont morts de leurs blessures ultérieurement. Les soldats tirant de quatre cotés à la fois, certaines des victimes militaires ont probablement été touchées par leurs camarades.
Le corps du chef indien Big Foot abattu pendant le massacre

La 7e de cavalerie avait reçu l’ordre du commandant du département de la Platte, le Général John Brooke, de désarmer le clan de Big Foot avant le transfert vers le Nébraska. La veille au soir, après avoir été escortés au camp et avoir été encerclés de toute part, les Lakota ont été considérés comme des prisonniers virtuels. Forsyth a choisi de ne pas essayer de les désarmer dans la soirée.
Au matin, les hommes Lakota sont rassemblés et informés qu’ils doivent remettre toutes leurs armes à feu. Les soldats craignant que des armes restent cachées commencent à fouiller les tentes, provoquant la colère des Lakota, qui selon l’armée, étaient sous l’influence d’un chaman Minniconjou, Yellow Bird.
Lorsque les soldats tentent de désarmer un Lakota nommé Black Coyote, un coup de feu part. Une fusillade générale s’ensuit. La plupart des hommes Lakota, encerclés par les soldats, sont abattus. Les survivants se dégagent. C’est alors que les canons bombardent le village des femmes et des enfants.
Quand le tir s’est arrêté, 146 Lakota avaient été tués ainsi que 25 soldats de la cavalerie des États-Unis. Big Foot figure parmi les morts. Les soldats tirant de tous les cotés, on pense que certains des soldats ont été tués par leur propre régiment mais aucune enquête n’a permis de connaître la vérité.
source : histoire du monde.net

Les peuples et les tribus indiennes d'Amérique du Nord


Pour en savoir plus: Nations et tribus indiennes 

jeudi 26 janvier 2017

Le Mexique d'OBAMA à TRUMP De la ruine à l'humiliation

chasse aux migrants, , 2 millions d'expulsions sous Obama

Le Mexique d'OBAMA à TRUMP 
De la ruine à l'humiliation




3 articles sur 3 aspects différents d'une même politique qui se prolongera d'Obama à Trump, celle de la ruine et du pillage d'un pays et de l'organisation d'un système de terreur visant à écraser le peuple mexicain
Depuis la privatisation du pétrole, principale richesse et garantie de son indépendance jusqu'à un Traité, l'ALENA , qui a ruiné les paysans mexicains..et les travailleurs américains
Continuité d'une politique avec la construction d'un mur de la honte, dont chacun oublie de dire qu'il existe déjà et que c'est Obama qui a commencé sa consstruction, comme il a lancé  contre les millions de travailleurs migrants

le mur d'Obama que veut prolonger Trump




Une autre continuité est à l'ordre du jour, celle de la jonction entre les centaines de milliers qui ont manifesté à Mexico contre une nouvelle augmentation du prix du carburant et les millions qui dans toutes les grandes villes américaines sont descendus dans la rue contre Trump

FUERA TRUMP, manifestation contre Trump à San Diego ( Californie ) 





Mexique. Privatisation de Pemex : réforme adoptée



Sous les cris de Mexique, Mexique et traîtres’, après vingt heures de débat, les députés ont adopté par 353 voix contre 134” la réforme qui met fin au monopole de l’Etat sur les ressources énergétiques, souligne le quotidien. Ce qui permettra en particulier l’ouverture de la compagnie pétrolière Petróleos Mexicanos (Pemex) aux investissements privés. Aucun des amendements proposés par la gauche n’a été adopté. Il s’agit d’une des nombreuses réformes controversées proposées depuis un an par le président Enrique Peña Nieto.


Le 20 décembre 2013, le Mexique a fait un bond de soixante-seize ans dans le temps quand le président Enrique Peña Nieto a annoncé une réforme constitutionnelle remettant le contrôle de l’industrie pétrolière aux mains des mêmes multinationales qui en avaient été écartées par le père de l’Etat moderne mexicain, le président Lázaro Cárdenas, en 1938. Cela faisait trois décennies que la clique de politiciens néolibéraux qui gouverne le pays échouait dans sa tentative de démanteler le monopole d’Etat de Petróleos Mexicanos (Pemex) et de privatiser la rente pétrolière. Mais en décembre dernier, presque sans aucun débat et comme un coup de tonnerre, il leur a fallu moins de deux semaines pour rassembler les votes nécessaires et accomplir cette transformation historique de la constitution mexicaine
Source : le monde diplomatique Mars 2014



L'ALENA, une arme de guerre contre les travailleurs américains et mexicains



Loin d’avoir offert de nouveaux débouchés aux entreprises américaines et de les avoir poussées à embaucher, l’Alena a favorisé les délocalisations industrielles et l’ouverture de succursales à l’étranger, en particulier au Mexique, où la main-d’œuvre est bon marché. Dans le secteur agricole, une multitude d’entreprises américaines spécialisées dans la transformation de produits alimentaires se sont également installées au Sud. L’affaiblissement des normes sanitaires et environnementales engendré par l’accord leur a permis de profiter des bas salaires mexicains. En effet, avant 1994, de nombreuses denrées alimentaires transformées au Mexique étaient interdites à l’importation aux Etats-Unis, car jugées dangereuses. Une seule usine mexicaine transformant du bœuf était alors autorisée à exporter ses produits au Nord. Vingt ans plus tard, les importations de bœuf mexicain et canadien ont augmenté de 133 %, poussant à la faillite des milliers d’agriculteurs (4).
Le déficit commercial des Etats-Unis avec le Mexique et le Canada n’a cessé de se creuser : alors qu’il atteignait tout juste 27 milliards de dollars en 1993, il dépassait les 177 milliards en 2013 (5). D’après les calculs de l’Economic Policy Institute, le déficit commercial avec le Mexique a abouti à une perte nette de 700000emplois aux Etats-Unis entre 1994 et 2010 (6). En 2013, 845 000 Américains avaient d’ailleurs bénéficié du programme d’« aide à l’ajustement commercial » (trade adjustment assistance),destiné aux travailleurs qui ont perdu leur emploi à cause des délocalisations au Canada et au Mexique ou de l’augmentation des importations en provenance de ces pays (7).
Non seulement l’Alena a diminué le nombre des emplois aux Etats-Unis, mais il a aussi affecté leur qualité. Les salariés de l’industrie licenciés se sont tournés vers le secteur déjà saturé des services (hôtellerie, entretien, restauration, etc.), où la paie est moins élevée et les conditions plus précaires. Cet afflux de nouveaux travailleurs a exercé une pression à la baisse sur les salaires. Selon le Bureau of Labor Statistics, les deux tiers des ouvriers licenciés pour raisons économiques ayant retrouvé un travail en 2012 ont dû accepter un emploi moins bien rémunéré. La baisse dépassait même 20 % pour la moitié d’entre eux. Sachant que, cette année-là, un ouvrier américain gagnait en moyenne 47 000 dollars par an, cela équivaut à une perte de revenu d’environ 10 000 dollars. Cela explique en partie pourquoi le salaire médian stagne aux Etats-Unis depuis vingt ans, alors que la productivité des travailleurs augmente.
Certains promoteurs de l’Alena avaient prévu, dès 1993, ce phénomène de destruction d’emplois et de tassement des salaires. Mais, assuraient-ils alors, l’opération devait demeurer profitable pour les travailleurs américains, qui pourraient acheter des produits importés moins cher et bénéficier ainsi d’une hausse de leur pouvoir d’achat. Sauf que l’augmentation des importations n’entraîne pas nécessairement une baisse des prix. Par exemple, dans l’alimentaire, malgré un triplement des importations en provenance du Mexique et du Canada, le prix nominal des denrées aux Etats-Unis a bondi de 67 % entre 1994 et 2014 (8). La baisse du prix de quelques rares produits n’a pas suffi à compenser les pertes subies par les millions de travailleurs non diplômés, qui ont vu leur salaire réel baisser de 12,2 % (9).
Mais les travailleurs américains n’ont pas été les seuls à pâtir de l’Alena. L’accord a également eu des effets désastreux au Mexique. Autorisés à exporter sans entraves, les Etats-Unis ont inondé ce pays de leur maïs subventionné et issu de l’agriculture intensive, engendrant une baisse des prix qui a déstabilisé l’économie rurale. Des millions de campesinos (paysans) expulsés des campagnes ont migré pour se faire embaucher dans des maquiladoras (10), où ils ont pesé à la baisse sur les salaires, ou ont tenté de passer la frontière et de s’installer aux Etats-Unis. L’exode rural a également exacerbé les problèmes sociaux dans les villes mexicaines, conduisant à une montée en intensité de la guerre de la drogue.
Selon M. Carlos Salinas de Gortari, président du Mexique au moment de l’entrée en vigueur de l’accord, l’Alena devait permettre de réduire le flux des migrants essayant de passer au Nord. « Le Mexique préfère exporter ses produits que ses citoyens », lançait-il en 1993, assurant que son voisin avait le choix entre « accueillir les tomates mexicaines ou accueillir les migrants mexicains, qui cultiveront ces tomates aux Etats-Unis ». En 1993, 370 000 Mexicains avaient rejoint les Etats-Unis ; ils étaient 770 000 en 2000 ; 4,8 millions d’entre eux y vivaient clandestinement en 1993 ; 11,7 millions en 2012...
Ces départs massifs s’expliquent notamment par l’explosion du prix des produits de première nécessité. L’usage croissant du maïs américain pour produire de l’éthanol a fini par engendrer, au milieu des années 2000, une augmentation des prix, lourde de conséquences pour le Mexique, devenu dépendant des importations agricoles américaines.
Le prix des tortillas — l’aliment de base dans ce pays — a bondi de 279 % entre 1994 et 2004 (11). En vingt ans, le prix des produits de première nécessité a été multiplié par sept ; le salaire minimum, seulement par quatre. Alors que l’Alena devait leur apporter la prospérité, plus de 50 % des Mexicains vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Entre 1994 et 2014, le produit intérieur brut (PIB) par habitant du Mexique n’a augmenté que de 24 %. Entre 1960 et 1980, il avait bondi de 102 % (soit 3,6 % par an). Si le Mexique avait continué de croître à ce rythme, son niveau de vie serait aujourd’hui proche de celui des pays européens...



source le monde diplomatique Juin 2015



Le peuple mexicain sous la terreur des gangs et l'argent du crime,organisé et de la drogue dans les banques américaines et européennes



(*Le docteur lui a déclaré au cours d’un entretien : “Si la langue est coupée il s’agit d’une personne trop bavarde, un mouchard, ou “chupro”. On coupe le doigt d’un homme qui a trahi son clan. Un homme castré a dû coucher avec la femme d’un autre ou ne serait-ce que la reluquer. Les bras coupés peuvent indiquer que vous avez volé dans la marchandise qui vous avait été confiée, des jambes coupées que vous avez essayé de vous éloigner du cartel. La décapitation, c’est différent : elle tient de la démonstration de puissance, de l’avertissement adressé à tous, comme les exécutions publiques autrefois.“). 
C’est incroyable ça. Je lui ai évidemment posé la question et il pense qu’ils ne veulent pas résoudre les crimes, il a peut-être raison. Car la police travaille pour les cartels. Comme dans la ville de Cancun où des procureurs fédéraux ont estimé que 1 700 policiers travaillaient pour les Zetas, dont le chef de la police qui se faisait appelé “Le Viking”… Quand un cartel prend un territoire, il doit faire trois choses. La première, c’est de contrôler la police en l’infiltrant et en la menaçant. La seconde, c’est de contrôler les politiciens. Et la troisième, comme il ne faut pas que cette histoire soit écrite, il faut contrôler la presse. Mais ce qui change, c’est que les mafias “se décriminalisent” en partie car elles investissent leur argent dans l’économie légale. Un exemple, une partie de l’industrie du tourisme est détenue par les mafias via des prête-noms. La semaine dernière on a assassiné le ministre du Tourisme, c’est un message absolument clair : “le tourisme c’est nous“.






Vous évoquez la banque Wachovia qui a reçu selon les autorités américaines, entre 2003 et 2008, presque quatre cents milliards de dollars en provenance des “casas de cambio” (maison de change) mexicaines, dont cinq milliards en liquide…
Oui et plus récemment, il y a eu HSBC. Et là on parle d’environ sept milliards en cash en provenance du Mexique. En cash ! Ce sont littéralement des camions et des camions d’argent liquide. Et plus incroyable, quand ces banques ont été pincées par les autorités américaines, on leur a seulement dit : “Oh excusez moi (il tapotte sa main droite comme un adulte le ferait pour de faux à un enfant qui a fait une bêtise) Ne le refaites plus !” L’amende s’avère ridicule (160 millions d’euros) pour Wachovia, pour eux c’est le pourboire qu’on laisse après une bière. Wachovia fait partie du groupe Wells Fargo qui a coopéré avec l’investigation. Tout comme HSBC. Quand HSBC est passée devant la commission du Sénat à Washington, ils ont plaidé coupable. Et ils ont été épinglé pour encore davantage que Wachovia. Ils ont donné quatre milliards, c’est un bon pourboire. L’ancien chef exécutif d’HSBC, est maintenant ministre du commerce dans le gouvernement anglais : Lord Green. Le chef de HSBC Mexique, Paul Thurston a été promu. Soit ils sont conscients qu’ils blanchissent de l’argent sale, soit ils sont totalement stupides. Mais dans ce dernier cas, ils ne dirigeraient pas une banque




samedi 21 janvier 2017

De Clinton à Obama, ruptures et continuité des présidences américaines

De Clinton à Obama, ruptures et continuité des présidences américaines



Entretien accordé par le président William Clinton à la revue Limes en 1997 (extraits)
« Les États-Unis sont une puissance mondiale et ils ont des intérêts dans toutes les régions de la terre. [ ...] Nous ne sommes pas, et nous ne pouvons pas être les gendarmes du monde. Mais là où nos intérêts et nos idéaux le demandent, [...] nous agirons et, si c’est nécessaire, nous assumerons le rôle de leader [...], nous sommes décidés, en particulier, à favoriser le flot montant de la démocratie et du libre marché sur tous les continents [...] »
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Discours prononcé par le président Barack Obama à l’occasion de la remise du prix Nobel de la paix à Oslo en décembre 2009
« [...] On a vu naître la conception d’une « guerre juste », ce qui laissait à penser que la guerre n’était justifiée que lorsque certaines conditions étaient remplies : si on s’y résolvait en der- nier recours ou en cas de légitime défense ; si la force employée était proportionnelle ; et si, chaque fois que possible, on épargnait les populations civiles.[...] Toutes les nations – qu’elles soient puissantes ou faibles – doivent adhérer aux normes qui s’appliquent à l’usage de la force. Comme tout chef d’État, je me réserve le droit d’agir unilatéralement si cela s’avère nécessaire pour défendre mon pays. Néanmoins, je suis convaincu qu’adhérer à ces normes, à ces normes internationales, renforcent ceux qui le font, et isole et affaiblit ceux qui ne le font pas [...] ».
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2 textes importants,l'un étant l'extrait d'un entretien accordé par Bill Clinton en 1997 et l'autre étant le discours de réception du Prix Nobel de la Paix en Décembre 2009.
L'importance de textes tient d'abord au fait qu'ils émanent pour l'un de celui qui fut Président des États-Unis de 1993 à 2001 et pour l'autre de celui qui est l'actuel Président des États-Unis et ce depuis 2008.
L'importance de ces 2 textes tient aussi au fait qu'ils sont rédigés ou prononcés par ces 2 hommes dans le cadre de l'exercice de leur mandat,ils ont donc la valeur d'une déclaration de politique générale.
Ces 2 textes présentent de grandes similitudes,ils se situent tous les 2 dans un même cadre conceptuel,celui d'une réflexion sur la puissance mondiale des États-Unis,des responsabilités internationales qui découlent de cette puissance,mais aussi de l'étendue et des limites de l'exercice de cette puissance.
Malgré cette similitude,le discours d'Obama semble comporter une dimension morale et un souci du respect des normes du droit international qui sont absentes du discours du Président Clinton.
Peut-on en tirer la conclusion d'une rupture dans les principes qui guident la politique étrangère des États-Unis ?Il semble au contraire que c'est la continuité qui domine et que tout simplement cette continuité doit s'adapter à un cadre international bouleversé.
Entre les 2 présidences,la politique extérieure des États-Unis a été marquée par les conséquences mondiales des attentats du 11 Septembre , par l'émergence d'un monde multipolaire et la nécessité pour la puissance américaine de s'adapter à un monde bouleversé.
Première partie
Dans les 2 discours,il y a une contradiction qui exprime la profonde similitude entre la vision des 2 présidents.
Clinton affirme « Les États-Unis sont une puissance mondiale et ils ont des intérêts dans toutes les régions de la terre...à où nos intérêts et nos idéaux le demandent, [...] nous agirons et, si c’est nécessaire, nous assumerons le rôle de leader . »
2 affirmations importantes,celle de la suprématie mondiale de l'Amérique et le droit qu'ils se donnent d'intervenir partout dans le monde.
Il y a là l'affirmation d'une politique de défense qui ne peut se limiter à la défense de l'intégrité du territoire national,mais qui est conçue de manière extensive à l’échelle du monde entier.
Nous trouvons également dans ce discours la proximité,tout à fait éclairante entre les idéaux et les intérêts des États-Unis
Cette confusion entre idéal démocratique et lois du marché se retrouve dans cette affirmation «  nous sommes décidés, en particulier, à favoriser le flot montant de la démocratie et du libre marché sur tous les continents. »
La démocratie n'est pas conçue comme relevant de la souveraineté des peuples et de leur propre mouvement,mais elle devient un instrument de la politique étrangère des États-Unis et surtout elle est inséparable du « libre marché . »  et étendue à tous les continents.
Nous pouvons voir dans cette affirmation une conception particulièrement intrusive des relations internationales et la justification des 2 grands volets de la politique étrangère de Clinton qui s'expriment par le bombardement de la Serbie et la mise en place de l'ALENA .
Le discours d'Obama peut sembler différent,parce qu'il est rempli de considérations morales,de nombreuses références à des valeurs humanistes,n'oublions pas que ces préoccupations morales ont été exprimées par la quasi totalité des présidents américains et ont le plus souvent servies de justification à la guerre,contre le nazisme,le communisme ou l'Axe du Mal,l'Amérique s'est toujours présentée comme l' « Empire du Bien. ».
Dans ce discours,Obama parle de « guerre juste . Mais il justifie et assume les guerres menées par ses prédécesseurs
« Mais le monde doit se rappeler que ce ne sont pas que les institutions internationales, les traités et les déclarations, qui lui ont apporté la stabilité après la Deuxième Guerre mondiale. Quelques erreurs que nous ayons commises, la vérité toute simple est celle-ci : les États-Unis d’Amérique ont contribué à garantir la sécurité mondiale pendant plus de soixante ans par le sang de leurs citoyens et par la force de leurs armes. Le service, le sacrifice de nos hommes et femmes qui portent l’uniforme a promu la paix et la prospérité de l’Allemagne à la Corée et a permis à la démocratie de prendre pied dans des endroits tels que les Balkans. Nous avons assumé ce fardeau non pas parce que nous cherchons à imposer notre volonté, mais en raison de notre intérêt éclairé : parce que nous voulons un avenir meilleur pour nos enfants et nos petits-enfants, et que nous pensons que leurs vies seront meilleures si les autres enfants et petits-enfants du monde peuvent vivre dans la liberté et dans la prospérité.
Le monde a soutenu les États-Unis au lendemain des attaques du 11 septembre 2001, et continue d’appuyer nos efforts en Afghanistan, sur la base de l’horreur causée par ces attaques insensées et du principe reconnu d’autodéfense. Le monde avait pareillement reconnu la nécessité d’affronter Saddam Hussein quand il avait envahi le Koweït - un consensus qui a transmis un message clair quant aux conséquences de toute agression. »B Obama,discours de réception du Prix Nobel de la Paix
Nous voyons que dans ce discours de « paix . »,Obama assume totalement la politique impériale qui était aussi celle de Clinton.
Cette continuité avec la politique de Clinton s'exprime aussi lorsque Obama déclare « Comme tout chef d’État, je me réserve le droit d’agir unilatéralement si cela s’avère nécessaire pour défendre mon pays.. »
Tout a du sens dans cette affirmation,agir unilatéralement est contradictoire avec les normes du droit international dont il se réclame le défenseur.
Beaucoup plus grave est imprécision volontaire de la seconde partie de la phrase,où commence la « nécessité » ?Que signifie « défendre mon pays. » ? 
Les dirigeants américains ont toujours eu une vision mondiale de ce qu'ils appellent les intérêts vitaux des États-Unis,ces intérêts vitaux incluent le contrôle des ressources énergétiques,la défense des alliés et enfin la déstabilisation ou même le renversement de gouvernements hostiles ou suspects.
Seconde partie
Malgré les nombreuses similitudes entre les 2 discours,ils ne sont pas identiques,ils correspondent à des personnalités différentes,à une approche différente de traiter les grands problèmes du monde et surtout à un environnement international modifié en profondeur entre les 2 présidences.
Obama se retrouve dans une situation où la lutte contre le terrorisme constitue une préoccupation majeure à laquelle il doit faire face.
Sous les présidences de Poutine et Medvedev,la Russie a surmonté les conséquences de l'effondrement de l'URSS et retrouve un rôle actif dans les relations internationales.
Enfin,la puissance économique nouvelle de la Chine et l’émergence des BRICS ont contraint la puissance américaine a s'adapter à un monde devenu multipolaire.
Ce sont d'abord ces mutations qui expliquent l'écart entre les discours des 2 présidents.
L'insistance d'Obama sur le respect des normes internationales vise directement des groupes armés ou des États ne respectant pas ces normes.
Le discours d'Obama ne signifie aucunement que les guerres seront moins nombreuses ou plus limitées,mais qu'elles reposeront sur des coalitions constituées autour de valeurs morales partagées.
Ce type de justification de la guerre juste ou humanitaire peut présenter le danger de se transformer en guerre de civilisation et aussi d’apparaître comme de simples prétextes pour justifier le recours à la guerre ou des politiques agressives,comme celles des sanctions économiques prises contre la Russie.